║ Oliver Twist ║ de Charles Dickens

 Oliver Twist

  Pour cet article, chers lecteurs, nous allons nous éloigner un peu du domaine de prédilection de ce blog, la littérature de l’imaginaire, pour se tourner vers un grand classique de la littérature anglaise : Oliver Twist. Pourquoi cet écart soudain de notre ligne éditoriale ? Tout simplement parce que Charles Dickens est l’un de mes auteurs favoris – comme vous aurez déjà pu le deviner à travers mon article sur Roublard de Terry Pratchett (qui se trouve ici si vous souhaitez y jeter un coup d’œil) –, Oliver Twist est l’un de mes sujets de Mémoire (que j’espère pouvoir partager avec vous dès qu’il sera achevé) et j’aimerais partager cette passion avec vous – ce qui est un peu le principe même de ce blog, après tout !


Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Oliver Twist – c’est dommage mais ça peut arriver, même aux meilleurs –, un rapide résumé de l’intrigue : orphelin de mère, abandonné par son père, Oliver est placé dans une de ces « fermes à bébé » que l’on nomme hospice et qui le maintient tout juste en vie. Lorsqu’il perpètre ce « crime scandaleux et inique qui consistait à redemander [à manger] », Oliver est placé en apprentissage chez un croque-mort – ça peut paraître horrible, mais c’est en fait le meilleur choix à côté du poste de ramoneur jetable ou de celui de punching-ball pour marin qu’on avait d’abord envisagé pour lui – mais, maltraité, il ne voit d’autre espoir que de fuir pour Londres. Sur place, il rencontre le jeune Jack Dawkins, dit « The Artfull Dodger » (ou « Le Fin Renard », en français), enfant des rues, qui l’intègre à sa petite bande de pickpockets dirigée par Fagin, vieux briscard. Oliver découvre ainsi le cher prix de la liberté et n’a plus qu’un désir : trouver un foyer chaleureux dans lequel s’épanouir. Je n’en dirai pas davantage pour ne pas gâcher la fin de ceux qui auraient l’envie de découvrir ce roman.

     Dickens, donc, place son jeune héros dans un univers aussi réaliste que possible et totalement désenchanté. Le but ? Dénoncer la misère dans laquelle vit toute une partie de la population londonienne à son époque, faire réagir les classes supérieures sur cette situation et, surtout, sur l’indifférence de l’État face à ce problème. L’auteur a donc choisi un jeune héros, vulnérable, auquel il fait connaître les pires mésaventures possibles afin de faire ressortir le meilleur du personnage comme du lecteur et de montrer, à travers ce livre, tout ce que les bas-fonds de Londres peuvent avoir à dire et à apprendre.

Ligne horizontale   Réalisme & misère.

   Ce n’est un secret pour personne : Dickens a écrit ses livres pour dénoncer la misère qui rongeait les grandes villes au XIXe siècle et il a pour cela décrit un univers extrêmement dur, sale, cruel – bref, réaliste. Ce réalisme permettait, bien sûr, une immersion plus simple du lecteur contemporain qui retrouvait ses points de repères (rues, monuments, argots…) rapportés fidèlement mais il a un effet toujours aussi percutant aujourd’hui. Pourtant, un lecteur du XIXe siècle, à moins de vivre dans les environs, ne se souviendra certainement pas de telle petite rue crasseuse et ignorera qu’on ne disait pas « policeman » mais « cop » quand on fréquentait un certain milieu mais cela ne nuit en rien à l’identification du lecteur d’aujourd’hui car la justesse des personnages, des sentiments, des réflexions proposés ne s’altère en rien avec les années.

   Même s’il est évident que l’État ne songerait plus, de nos jours, à envoyer un enfant indésirable dans un « bon port bien malsain » car il serait « probable en effet que le capitaine le flagellerait à mort un soir qu’il serait d’humeur badine après dîner ou encore lui ferait éclater la cervelle avec une barre de fer, ces deux passe-temps étant, comme chacun sait, les récréations favorites et ordinaires des messieurs de cette classe » (Oliver Twist, chapitre IV) – ou peut-être certains y songent-ils mais il serait bien plus difficile de le leur faire admettre –, il n’en reste pas moins que les petites bandes de pickpockets sont toujours aussi vivaces – personne ayant un jour pris le métro parisien ne pourra me contredire à ce propos – et que l’empathie et la bonté sont des sentiments auxquels on aspire toujours. En cela, l’œuvre de Dickens a pu acquérir une certaine forme d’intemporalité.

Ligne horizontale     Héros & symbolisme.

     Cet enfant des rues qu’est le jeune Oliver Twist fait un héros de roman très particulier : il attire la pitié et l’empathie du lecteur, bien entendu, par tous ces malheurs qui lui tombent dessus sans qu’il y soit pour rien mais, contrairement au héros de fantasy, par exemple, il prend rarement son destin en main. En effet, Oliver est un héros excessivement passif : il est mené par M. Bumble au Conseil, Conseil qui décide de son destin, puis il est mené par Jack Dawkins chez Fagin, il est entraîné dans le vol par les garçons de la bande, il est recueilli par M. Brownlow, il est enlevé par Nancy, il est forcé à commettre un cambriolage par Sikes, il est sauvé par… Bref, vous aurez compris l’idée : Oliver subit bien plus qu’il n’agit ! Pourtant, les rares fois où il exprime une véritable volonté d’agir, on peut bel et bien qualifier ses actions d’héroïques. En effet, qu’il se batte avec plus fort que lui pour protéger la mémoire de sa défunte mère ou qu’il risque la mort pour ne pas se montrer ingrat envers son sauveur, on ne peut que louer son courage. Et finalement, ces deux aspects assez opposés trouvent leur origine dans une même explication : la sensibilité d’Oliver Twist, créée par son sentiment d’extrême abandon – et quand on n’a connu ni parents, ni famille, ni même qui que ce soit d’un tant soit peu bienveillant à son égard, on peut comprendre ce sentiment. C’est ceci qui va donner son fil directeur au roman car il engendre une quête perpétuelle de l’enfant à la recherche de figures parentales protectrices et aimantes.

    Par ailleurs, ce héros a pour particularité d’être représentatif d’énormément de symboles. Oliver, bien sûr, c’est l’enfance avec toute son innocence et sa naïveté – il pense que ses nouveaux amis jouent à tirer des mouchoirs des poches des gentlemans sans penser un instant qu’ils les volent ! –, c’est également, comme nous avons pu le voir, le paroxysme même de la misère, un être collectif qui incarne tout ce peuple miséreux, mais Oliver c’est aussi une évolution. À travers lui, on apprend ; avec lui, on grandit – métaphoriquement, s’entend, bien sûr ! – Oliver, c’est un peu de nous qui vivons ces aventures à ses côtés, qui réalisons notre trop grande naïveté – il croit en la bonté des individus, nous croyons en l’égalité sociale ; qui est le plus naïf ? –, qui nous initions à la dureté de la vie et qui nous lançons à la poursuite du fameux happy ending popularisé par Hollywood.

     Oliver Twist, c’est donc le peuple, le lecteur et encore l’auteur qui fait passer ses messages à travers lui. Ainsi, il devient indéniable qu’Oliver est une véritable figure héroïque, un enfant qui porte sur ses épaules le destin de tout un univers – littéraire, évidemment – et qui n’a donc rien à envier à notre héros de fantasy sauvant le monde.

    Voilà, nous nous arrêtons là pour ce livre ! N’hésitez pas à partager votre avis dans les commentaires et nous nous retrouvons la semaine prochaine pour un nouvel article mais, comme l’a dit Michael Ende, « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

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