║ Conan : Le Phénix sur l’épée ║ de Robert E. Howard

Le Phénix sur l'épée

   Aujourd’hui, chers lecteurs, nous allons réveiller nos instincts les plus primitifs en parlant de la première histoire mettant en scène le mythique personnage de Conan le Barbare que vous devez tous déjà plus ou moins connaître. En une seule nouvelle, Conan est né et cette nouvelle, c’est « Le Phénix sur l’épée ». Tout (ou presque) ce qui va constituer l’essence même du personnage de Conan et le faire passer à la postérité se retrouve déjà dans « Le Phénix sur l’épée ». Contrairement à ce qui est couramment pensé et représenté, Conan n’est pas ici qu’un gros tas de muscles à la cervelle atrophiée – et à l’accent germanique, n’est-ce pas ? – et il est plus que temps de lui accorder l’attention qu’il mérite. Dans cette nouvelle, un complot est en train de se tramer, visant à assassiner Conan qui est roi d’Aquilonie mais le sorcier Thoth-Amon, serviteur du cruel dieu-serpent Seth, qui avait été réduit à l’esclavage par l’un des conspirateurs, retrouve l’anneau qui lui confère ses pouvoirs. Pour se venger, il envoie un démon attaquer les conspirateurs au moment même où ceux-ci tentent de surprendre Conan dans sa chambre à coucher.

   Vous vous doutez déjà que Conan ne meurt pas dans cette tentative d’assassinat, sinon sa légende se serait terminée bien vite, mais je ne vous en dirai pas davantage afin de ne pas gâcher toute la saveur de cette histoire. Inutile, d’ailleurs, d’en dire davantage car il y a déjà beaucoup à dire sur les thèmes qui remplissent cette petite trentaine de pages. Des combats, de la violence et de la testostérone il y en a, bien sûr – Conan n’aurait pas la même saveur sans cela ! –, mais il y a aussi quelques neurones qui traînent par-ci par-là – ne sortez pas les fourches, j’euphémise – et l’on peut ainsi savourer des réflexions philosophiques ou méta-littéraires ; on peut également s’interroger sur la place de la magie, la construction d’un monde ou les méfaits de la civilisation sur les Hommes grâce à quelques remarques bien placées d’Howard.

Ligne horizontale   Magie & civilisation.

  Contrairement à ce que l’on pourrait attendre de l’un des précurseurs de la fantasy, la magie est loin d’être excessivement présente dans les aventures de Conan (du moins, pas de manière aussi frontale qu’elle l’est dans « Le Phénix sur l’épée »). Alors qu’elle est souvent évoquée de manière allusive, là, la magie est directement mise en scène avec le sorcier le plus marquant de l’univers du héros barbare : le grand Thoth-Amon. Howard nous fait assister à l’invocation du démon et à l’attrait que la magie provoque chez le sorcier, parfaitement incapable de résister à l’appel de l’anneau magique qui lui confère ses pouvoirs, allant jusqu’à tuer pour le récupérer – G… G… Gollum ! Pardon, j’avais quelque chose de coincé dans la gorge. Le sorcier est totalement obnubilé par l’attrait de l’anneau car la magie déforme les Hommes dans l’univers de Conan et elle est rarement utilisée à des fins positives. Au contraire, la magie est plutôt perçue comme malfaisante, elle terrifie Conan – et il en faut beaucoup pour effrayer ce grand gaillard –, elle fait appel aux forces démoniaques et elle est essentiellement destructrice – autant pour ceux que le démon massacre que pour Thoth-Amon lui-même, totalement consumé par la rage. Il est rare, dans une œuvre de fantasy, de voir la magie aussi décriée et je trouve ce traitement très intéressant : au lieu de pousser le lecteur à rêver de magie, Howard en montre le côté sombre, il montre qu’il est naturel d’en avoir peur et prouve qu’elle n’est pas toute-puissante.

   Par ailleurs, la magie est très étroitement liée à la civilisation, dont Thoth-Amon est le représentant absolu, mauvais et décadent comme elle. En effet, la lutte entre barbarie et civilisation est très présente dans l’œuvre d’Howard ; Conan est un être encore semi-sauvage, qui a grandi dans la nature, s’est toujours battu pour survivre et ne se plie pas aux contraintes que s’imposent les hommes civilisés (telles que les bonnes manières ou les bonnes mœurs, qui n’ont aucun sens pour lui), et c’est cela qui permet à Conan de toujours triompher. Conan est supérieur à l’Homme civilisé car il écoute son instinct avant tout (il est d’ailleurs très souvent comparé à un lion, une panthère, un loup ou tout autre animal du même acabit) et personne ne peut résister à sa force brutale – hommes et femmes succombent, que ce soit sous sa lame ou sous ses charmes. Tout comme la magie, la civilisation est donc rejetée en faveur d’un retour aux valeurs naturelles.

Ligne horizontale   Littérature & philosophie.

   Toute la philosophie de Conan repose sur ce principe de retour aux sources : le barbare vit pour les plaisirs simples, il aime se battre, manger, rire à gorge déployée et faire l’amour, il assume ses désirs charnels et y répond sans se poser de questions. Conan ne recherche pas un bonheur spirituel élevé quand il peut simplement profiter des joies de chaque jour et il ne s’attache pas au superflu – une philosophie qui n’a rien à envier au fameux carpe diem, ne trouvez-vous pas ? De même, force et liberté sont ses mots d’ordre, Conan est inflexible là-dessus et il l’exprime clairement dans « Le Phénix sur l’épée » où il dédaigne les fonctions de roi car elles l’éloignent de son idéal de vie. Rien ne peut le faire renoncer à ces deux principes, dictés par son dieu, Crom, et qui se retrouvent dans les fondements de son peuple, les Cimmériens, des guerriers nomades qui vivent pour la bataille et n’ont pas d’attaches.

« Je n’ai pas rêvé assez loin […] Je m’étais préparé à prendre la couronne, pas à la conserver. Au bon vieux temps de ma liberté, tout ce que je voulais c’était une épée acérée et la voie libre pour aller frapper mes ennemis. Aujourd’hui, toutes les voies sont détournées et mon épée ne fait que rouiller. » – Conan.

À l’image des épopées antiques, Conan part au combat embrasé par « les chants des héros anciens » : il sent une rage guerrière monter en lui et rêve d’entrer dans la légende par ses combats épiques exactement comme les héros Achille et Ulysse dans l’Illiade et l’Odyssée d’Homère. Par ce motif antique, Howard rappelle habillement la dimension littéraire du personnage et ce n’est pas la seule réflexion de ce type qu’il inscrive dans son œuvre. Tout au contraire, l’auteur aime à en insérer dans ses nouvelles et c’est ainsi que, dans « Le Phénix sur l’épée », Conan le barbare fait la réflexion que les rois ne sont pas immortels contrairement aux poètes qui passent à la postérité et font entrer ce qu’ils souhaitent dans la légende grâce à leurs poèmes. Hors, n’est-ce pas exactement ce qu’Howard faisait lui-même justement en écrivant les aventures de Conan le Cimmérien ? Il me semble que la preuve par la démonstration n’aura jamais été si belle !

   Voici la fin de ce petit papier sur « Le Phénix sur l’épée », qui sera très certainement suivi de nombreux autres sur les nouvelles de Conan le barbare mais bien sûr, comme l’a dit Michael Ende, « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ». En attendant, n’hésitez pas à laisser vos avis dans les commentaires et je vous dis à mercredi prochain !

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