║ Alice au pays des Merveilles ║ de Lewis Carroll

Alice

    Incontournable de la littérature jeunesse, principalement connue grâce à son adaptation par Disney mais aussi de plus en plus lue dans sa version originale, l’histoire de la jeune Alice a fait le tour du monde. Initialement écrit par le romancier britannique Charles Dodgson mais connu sous son pseudonyme de Lewis Carroll, Les Aventures d’Alice au pays des merveilles était une improvisation totale de l’auteur pour distraire une jeune fille du nom d’Alice Liddell et ce fût elle qui, en plus d’être son inspiratrice, lui demanda d’imprimer ces aventures sur papier. C’est donc ainsi que naquit l’une des œuvres pour la jeunesse les plus populaires encore aujourd’hui. Personnellement, je n’ai lu ce livre qu’il y a peu de temps et j’ai enfin pu constater les différences qui éloignent l’adaptation Disney de la version originale. Quelques péripéties manquent bien au dessin animé qui prend un aspect plus léger que ce qui est présenté dans le livre mais je ne renie pas pour autant ce Disney qui a bercé mon enfance : je trouve que la firme de la souris en short a fait du bon travail sur cette adaptation.


L’histoire, nous la connaissons tous, est celle de la jeune Alice qui s’apitoie de ne pas avoir toutes les qualités qui font une bonne demoiselle comme sa sœur. Alors que sa sœur est en train de lire dans le jardin, Alice s’assoupit sur l’herbe douce et se retrouve entraînée par un lapin blanc au fond de son terrier. À l’issue d’une chute prodigieuse, Alice se retrouve seule et coincée sous terre, face à une porte menant à un jardin merveilleux mais qu’elle est trop grande pour pouvoir passer. Après de multiples tentatives, elle finit par trouver une sortie à son piège souterrain et se met à explorer le pays des merveilles, où elle rencontre de nombreux habitants, qui lui paraissent tous plus fous les uns que les autres. D’abord perturbée par ce monde nouveau qui s’offre à elle, elle finit par s’y adapter même si elle ne parvient jamais totalement à en comprendre tous les aboutissants.

Ligne horizontale     Changements & appréhensions.

     La quête de soi est une thématique importante de l’œuvre : la jeune héroïne passe son temps à courir après quelque chose qu’elle n’arrive pas à atteindre et subit énormément de changements corporels qu’elle n’arrive ni à comprendre, ni à contrôler. On peut dès lors aisément supposer que ces changements sont un reflet du passage de l’enfance à l’adolescence, période à l’orée de laquelle Alice se situe. En effet, Alice s’apprête à vivre tous les changements qu’entraîne l’adolescence et, par le biais de son incursion dans le pays des merveilles, elle les vit différemment en changeant sans cesse de taille grâce aux morceaux de gâteau qui la font grandir et aux gorgées de potion qui la font rétrécir. De même, ce passage symbolique d’un monde à l’autre, du monde réel au monde imaginaire, peut la préparer au passage qui l’attend entre le monde des enfants et celui des adultes : nous entrons là dans le domaine du roman d’apprentissage qui aide l’enfant à grandir en douceur en lui faisant expérimenter indirectement les changements qu’il s’apprête à vivre. Et lorsque l’on parle de faire grandir un enfant, Lewis Carroll nous le fait donc grandir au sens strict, rendant la jeune Alice géante au point d’emplir une maison toute entière. Celle-ci veut alors immédiatement rétrécir, elle cherche une sorte de retour en arrière face à cette évolution qui l’effraye mais elle ne mesure alors plus que quelques centimètres et ne se retrouve pas mieux lotie. Elle en vient à la conclusion qu’elle préfère sa taille habituelle, qu’elle ne veut ni trop grandir, ni trop rétrécir mais le retour à sa talle n’est jamais que temporaire et son corps veut grandir malgré elle – belle métaphore de l’adolescence que nous avons là, n’est-ce pas ? Ce n’est finalement qu’à la fin de l’histoire, après avoir lutté contre ses changements de taille durant tout son voyage, qu’elle finit par accepter la taille qui s’impose à elle et à y voir des avantages. Elle a donc bel et bien pu apprendre à accepter le changement au cours de son périple.

     Pourtant, au commencement, tous ces changements sont marqués par une grande appréhension de la part d’Alice. En premier lieu, sa chute l’angoisse – ce qui semble logique pour toute personne normalement constituée faisant une chute vertigineuse –, avant qu’elle ne s’éternise et ne lui paraisse moins effrayante. Puis ses changements de taille incessants la perturbent, jusqu’à ce qu’elle trouve une solution pour les contrôler un minimum et qu’elle finisse par les accepter. Encore, l’univers inconnu et ses personnages parfois peu amicaux l’effrayent tout d’abord mais elle fait leur connaissance et comprends progressivement qu’elle n’a rien à en craindre. Ainsi, toujours dans le cadre du roman d’apprentissage, Lewis Carroll démontre, par une série d’exemples concrets, qu’il est naturel d’avoir peur, que c’est l’apanage de toute jeune fille – et, plus largement, de tout enfant, voire de toute personne – que d’être effrayé face à l’inconnu et d’appréhender ce qui va arriver par la suite mais en montrant qu’Alice parvient à maîtriser sa peur, à se sortir de toutes les situations, à apprendre à connaître ce qu’elle craignait, l’auteur prouve ainsi au jeune lecteur qu’il peut lui aussi suivre cet exemple et que tout ira bien pour peur qu’il ne se laisse pas arrêter par cette appréhension première. Alice est donc dressée comme un exemple à suivre, un modèle pour le jeune lecteur qui peut apprendre à grandir par son entremise.

Ligne horizontale      Rêve & folie.

     L’histoire commence alors qu’Alice somnole dans l’herbe et est réveillée par le lapin blanc en train de courir vers son terrier. La question se pose dès lors de savoir si elle est censée réellement vivre cette aventure ou si elle est simplement rêvée. Hors, la réponse n’est donnée qu’à la toute fin du roman, laissant le doute planer tout au long de l’histoire. Et cela a un grand intérêt : inviter le lecteur à rêver avec Alice, à garder tout comme elle une petite part d’incertitude qui offre la possibilité que oui, peut-être, cela peut effectivement être vrai et exister réellement. De plus, l’hypothèse du rêve permet également une grande liberté d’action : s’il peut s’agir d’un rêve alors on ne s’étonne de rien, tout peut arriver. Quand certains sont parfois rebutés par l’aspect trop imaginaire de la fantasy car ils ne parviennent pas à se plonger dans l’univers créé par l’auteur, tout le monde peut se plonger sans difficulté dans l’histoire de Lewis Carroll en s’appuyant sur son aspect onirique car chacun rêve et peut donc ainsi s’identifier aisément à Alice, voire trouver des corrélations entre cette aventure et ses propres rêves. Enfin, l’interprétation proposée du rêve permet aussi de minimiser les dangers courus par Alice puisqu’elle ne pourrait alors pas se blesser. Pourtant, laisser planer le doute sur le fait qu’elle dorme ou non permet aussi de ne pas garantir cette assurance qu’elle ne risque rien et donc de compatir à ses malheurs, de ressentir les émotions de concert avec la jeune fille qui ne peux savoir si elle rêve ou non avant de s’éveiller ou de se faire mal.

     De plus, la fillette se retrouve dans un pays totalement empreint par la folie. Que ce soient les habitants qui cherchent à déloger une Alice géante coincée dans leur maison et proposent tous des solutions plus farfelues les unes que les autres, le Chapelier fou, le Lièvre de Mars et le Loir qui tournent sans cesse autour de leur table de thé, la duchesse qui s’occupe de son bébé-cochon, le chat du Cheshire dont la philosophie touche au surréalisme ou encore tous qui résident au palais de la Reine de Cœur en acceptant toutes ses lubies délirantes, chaque personnage est marqué par la folie dans le pays des merveilles que découvre la jeune Alice. Pourtant, loin de s’en effrayer, Alice est d’abord perplexe face à cette folie et cherche plutôt à rencontrer une personne saine d’esprit au milieu de la faune locale. Mais, faute d’en trouver finalement un, Alice finit par s’y habituer et par se questionner sur sa propre folie. Après tout, dans un univers où tout est fou, qui peut encore être persuadé d’être sain d’esprit ? À la fois leçon de tolérance et d’acception de soi, la réaction d’Alice en ce domaine pourrait servir d’exemple à plus d’un – et je ne parle pas seulement d’enfants !

     Voilà, voilà, c’était l’article sur Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, et vos avis sont les bienvenus dans les commentaires. Nous nous retrouvons la semaine prochaine pour un nouveau petit papier mais, bien sûr, « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois » nous dit toujours Michael Ende.

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16 commentaires sur “║ Alice au pays des Merveilles ║ de Lewis Carroll

  1. Coucou!

    Excellent article! ^^
    Je n’ai pas encore lu cette oeuvre, car comme c’est une classique de la littérature jeunesse, je voudrais avoir THE édition, pas un poche tout classique ou autre, mais une édition sympa, un peu ancienne si j’ai de la chance, comme celle de ton article. J’attend de tomber sur un bel objet livre (c’est ma manie débile quand il s’agit d’œuvres que je considère comme étant « mythiques »), du coup, je ne l’ai pas encore trouvé. ^^
    Bises!

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  2. Je trouve l’oeuvre originale est bien au-dessus du dessin animé, comme beaucoup d’oeuvres reprises -la petite sirène d’Andersen, par exemple, est un petit bijou)… Ce livre a été un enchantement pour moi tout au long de ma jeunesse … Et je suis impatiente de pouvoir le lire un jour à mes filles 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Je suis d’accord pour La Petite Sirène et les Andersen adaptés en règle générale : ses contes ont été beaucoup trop édulcorés pour correspondre davantage à ce qu’on attend d’une œuvre jeunesse et c’est bien dommage !

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  3. Enfin une analyse cohérente et positive d’Alice! Ca me change du « mais c’est qu’une apologie de la drogue! » que j’entends régulièrement et qui, en tant que grande fan ayant eu le même ressenti que toi, me brise le coeur ^^ Merci beaucoup! En plus cette année, Alice fête ses 150 ans, bon timing 😉

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  4. Je voudrais juste ajouter que Lewis Caroll a écrit cette œuvre alors qu’il était professeur et a l’époque, il fréquentait une famille anglaise particulièrement riche dont l’une des filles se prénommait Alice (on suppose que la famille se prénommait Lidell et que le père était un collègue de Caroll). Caroll en était amoureux (la gamine n’avait que 11 ans environ, ce qui était tout a fait normal a l’époque). De ce fait, de nombreux professeurs de littérature d’hier et d’aujourd’hui pensent que la jeune Alice que l’on connaît a travers le roman est une copie de la petite Alice Lidell.

    Encore une chose: je ne pense pas que Alice soit un modèle a suivre que Caroll dresse. Au contraire, il montre bien qu’Alice ne désire en aucun cas grandir (les changements de tailles l’exaspèrent et lui font peur) et Caroll dresse la un exemple pour les enfants qui ne désirent pas grandir du style: voila ce qui va vous arriver si vous ne grandissaient pas (un peu a la sauce Peter Pan).

    Autrement, je n’avais jamais vu le thème du rêve et de la folie de la même manière que celle que vous rapportez… Et je dois dire que je suis d’accord avec vous la dessus!

    Très bon article et très sympa a lire!

    Merci!

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    • Bonjour et merci pour cet avis constructif !
      Même s’il est juste que, au début du roman, Alice ne peut être vue comme un modèle en raison des qualités défaillantes que vous citez mais il me semblait que le personnage évoluait beaucoup au cours de son aventure et qu’elle finissait effectivement avec des qualités dignes de servir d’exemple (elle accepte finalement les changements de taille, elle n’a plus peur, elle gagne en assurance et se sent suffisamment en confiance dans son nouveau corps pour en tirer parti en effrayant le tribunal qu’elle juge absurde) mais c’est vrai que, maintenant que vous le dites, je perçois le côté Peter Pan dont vous parlez dans le personnage de la jeune fille ! Vous semblez bien renseignée et je vous crois volontiers si vous affirmez que Lewis Carroll ne voulait pas faire d’Alice un personnage à suivre mais j’y ai tout de même perçu une dimension éducative, qui peut n’être qu’un ressenti de lecture personnelle.
      Et je suis ravie que vous partagiez mon avis sur le rêve et la folie. A nouveau, il ne s’agissait que de perception personnelle et j’imagine qu’il y a autant de façons d’interpréter ces thèmes que de lecteurs !

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  5. coucou 🙂 il fait partie de ma pal depuis un moment et ton super article m’a vraiment donné envie de le lire 🙂 ce sera peut-être le prochain d’ailleurs 🙂 Après j’ai toujours plus vu Alice comme une interprétation des rêves de Carroll pour son entrée dans l’âge adulte et donc ce qu’il aimerait devenir avec les leçons qu’il aurait aimé avoir retenu.
    à bientôt 🙂

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  6. Super article, très intéressant, je n’avais pas vu le livre comme un roman d’éducation. Mon souvenir est un livre absurde avec de nombreux évènements sans sens, mais je devrais peut-être le relire à la lumière de ces arguments !

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