║ Les Salauds Gentilshommes 1 ║ de Scott Lynch

Salauds Gentilshommes

   Aujourd’hui, chers lecteurs, je vous invite à parler d’une saga que j’ai cité comme étant incontournable en fantasy dans un « 8 idées » consacré : Les Salauds Gentilshommes de Scott Lynch. J’adore cette série de livres (dont les trois premiers seulement sont sortis pour l’instant) et je pense qu’il est grand temps de vous faire savoir pourquoi. Commençons donc avec le premier tome intitulé Les Mensonges de Locke Lamora, en hommage à son personnage principal plein de panache – et pas forcément toujours honnête, vous l’aurez compris. Si Locke est incontestablement le protagoniste de cette saga littéraire, « Les Salauds Gentilshommes » ne s’écrivent pas au pluriel pour rien. En effet, Locke est le leader d’une bande de voleurs composée de 5 membres – c’est un petit peu plus compliqué que ça mais je ne veux ni vous embrouiller, ni vous spoiler ! – que l’on découvre en pleine arnaque et que l’on apprend à connaître et à apprécier. Cette petite bande qui a un côté très familial est extrêmement attachante ; on se prend vite au jeu de leurs petites combines et on apprend à apprécier autant Jean, Calo, Galdo et Moucheron que Locke lui-même.

   L’intrigue commence in medias res, alors que les Salauds Gentilshommes montent un coup pour arnaquer un couple de la bourgeoisie camorrienne. De plus, entre chaque chapitre, une autre histoire est insérée, revenant dans le passé de nos protagonistes et dont les évènements font échos à ceux de la première intrigue. On a ainsi une plongée dans la vie de la petite bande, une vision assez complète de ce qu’ils sont, de ce qui les lie, et le suspense est ménagé jusqu’au bout puisque, bien sûr, chaque intrigue temporise l’autre tout en apportant des faits nouveaux qui permettent d’éclaircir le dénouement de l’autre.  Bref, ce procédé pourrait nous perdre, nous rendre impatient mais, au contraire, les deux fils narratifs sont si élégamment liés qu’on se prend aussi bien au récit du présent que du passé ; on plonge dans cet univers où nous entraînent nos héros, on explore les basfonds de la pègre tout en suivant des opérations de haut vol et on découvre l’organisation d’une cité dans laquelle la magie, finalement, prend bien moins de place que le mystère.

Ligne horizontale    Organisation & mensonges.

    L’univers des Salauds Gentilshommes est un univers extrêmement hiérarchisé. En effet, la société de Camorr, la ville dans laquelle se déroule l’intrigue de ce premier tome, est divisée en classes sociales, réparties dans différents quartiers de la ville mais, plus encore, à l’intérieur même de ces classes, on retrouve encore des organisations bien structurées. Celle que l’on explore le plus en détails, bien évidemment, est l’organisation des criminels de Camorr à laquelle sont liés nos Salauds Gentilshommes, appelée les « Gens Biens ». Faisant extrêmement penser à une mafia sans en avoir le nom, cette organisation est dirigée par un grand chef, le Capa Barsavi – on remarquera que le titre de « Capa » semble provenir directement du latin caput, « la tête, le chef » (qui a donné en français l’expression « habillé de pied en cap », par exemple) et cela fait sens puisque Barsavi est bien le chef de l’organisation, la tête pensante qui commande aux membres –, auquel répondent toutes les petites bandes organisées, menées chacune par un garrista – un chef sous le chef ! – et dans lesquelles chaque membre a son rôle dévolu. Dans notre petite bande de Salauds Gentilshommes, par exemple, Locke est le garrista, la tête pensante, Jean est surtout apprécié pour son impressionnante musculature, les jumeaux tiennent les rôles de moindre envergure mais qui demandent tout de même une certaine composition et Moucheron, l’apprenti, fait surtout le « mariole », c’est-à-dire qu’il s’occupe d’attirer l’attention par des mises en scènes assez peu discrètes. La société est donc prise dans une certaine rigidité, un carcan social duquel il semble impossible de s’extraire ; chacun a son rôle bien défini et, aussi longtemps que chacun s’y tient, tout va bien.

   Or, bien sûr, si tout allait bien, l’histoire serait bien peu intéressante. C’est pourquoi cette organisation est quelque peu ébranlée par nombre de mensonges, surtout du côté de nos héros incapables de rester enfermés dans un seul rôle. À Camorr, un accord appelé la « Paix secrète » fait régner le calme dans la ville : les Gens Biens ne sont pas embêtés outre mesure dans leurs activités à condition qu’ils ne s’en prennent pas à l’aristocratie de la ville – volez aux bourgeois mais laissez les nobles tranquilles, tout à fait ! Seulement, les Salauds Gentilshommes ne se plient pas à cette règle et, tout en faisant semblant de mener de menus larcins sur la population pauvre pour donner le change auprès du Capa, ils organisent des escroqueries de haut vol dont ils cachent le butin dans leur caverne secrète. Ainsi, les Salauds Gentilshommes mentent et dissimulent en permanence, sur plusieurs niveaux à la fois. Aux yeux des honnêtes citoyens, ils se font passer pour des prêtres et vivent dans un temple dédié au Dieu Perrelandro ; aux yeux du Capa et des Gens Biens, ils sont de petits voleurs bien obéissants ; aux yeux des aristocrates, ils sont les personnages qu’ils incarnent successivement pour leurs escroqueries ; aux yeux des autorités, ils incarnent la Ronce de Camorr, ce bandit qui viole la Paix Secrète en escroquant les aristocrates ; enfin, ils sont les serviteurs du Treizième Dieu, l’Innomé, père des voleurs et dont le culte doit rester secret. On est donc, au-delà des deux fils narratifs, dans un enchâssement d’histoires, de cachotteries et de faux-semblants dont nous sommes seuls (avec les Salauds Gentilshommes eux-mêmes) à connaître tous les secrets. Le lecteur, ainsi, est à la fois membre de la bande et enquêteur ; il cherche à savoir quels sont les plans des Salauds Gentilshommes, qui en a après eux et comment ils pourraient arriver à leurs fins.

Ligne horizontale    Éducation & intentions.

    Si les Salauds Gentilshommes sont incapables de respecter le cadre que leur impose la société, c’est avant tout à cause de l’éducation qu’ils ont reçue. En effet, les Gens Biens sont communément issus de la rue, souvent des orphelins sans éducation qui sont récupérés par les organisations de voleurs et ne reçoivent jamais d’autre apprentissage que celui du vol. Or, chez les Salauds Gentilshommes, le père Chains, leur mentor, s’occupe de fournir à chacun des membres une éducation extrêmement poussée sur tous les sujets possibles afin qu’ils puissent endosser n’importe quel rôle. Ils parlent toutes les langues sans la moindre trace d’accent, savent cuisiner, danser, se battre, lire, écrire – ça a l’air banal pour nous, mais c’est plutôt rare pour des enfants des rues –, etc. et cela à la perfection. Ils possèdent, en somme, une véritable éducation d’aristocrates et une formation plus poussée encore dans tous les domaines ; ils deviennent ainsi de véritables caméléons – non, je refuse de penser à Jarod ! – capables de revêtir n’importe quelle identité puisqu’ils en ont déjà toutes les connaissances et les savoirs-faire. Cette éducation se révèle donc à double tranchant : d’un côté, elle leur permet d’être qui ils veulent, de faire ce qu’ils veulent mais, d’une autre côté, elle les empêche de se contenter du rôle que leur a assigné la société et les fait se retrouver à l’étroit dans un carcan qui ne leur correspond pas.

    Et cela se ressent également sur leurs intentions. Grâce à cette éducation qu’ils ont reçu, ils peuvent pousser leurs réflexions plus loin que le petit voleur qui se contente de survivre et on peut alors s’interroger sur la finalité de leurs escroqueries. Que recherchent-ils, eux qui n’ont pas besoin de vivre au jour le jour ? Que veulent-ils faire de l’argent qu’ils accumulent ? Qu’est-ce qui les motive ? Si je ne vais pas vous donner de réponse à cette question pour ménager un peu de suspense à ceux qui n’auraient pas encore lu le livre, je peux au moins vous dire que leurs intentions ne sont pas aussi mauvaises que ce qu’on pourrait attendre de simples voleurs. Les Salauds Gentilshommes, à l’égal de Robin des Bois, ne volent qu’aux riches qui ne savent que faire de leur argent – ils les appâtent d’ailleurs souvent grâce à leur avidité ou leurs désirs superficiels – et se refusent à voler aux pauvres qui, eux, ont un réel besoin de l’argent qu’ils possèdent et auxquels cela pourrait manquer ; cela à la différence près que les Salauds Gentilshommes, pour leur part, ne redistribuent pas l’argent. Ils se retrouvent donc frayant entre splendeur et décadence, à leur place partout et nul part à la fois.

   Et voilà ce que j’avais à vous dire sur le premier tome des Salauds Gentilshommes, vos avis sont toujours les bienvenus dans les commentaires, et vous pouvez compter sur moi pour vous parler également de la suite. Nous nous retrouvons donc pour un prochain petit papier mais, comme l’a dit un jour Michael Ende, « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois » !

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6 commentaires sur “║ Les Salauds Gentilshommes 1 ║ de Scott Lynch

  1. Je crois que j’ai vraiment une petite perle dans ma bibliothèque qui n’attend que d’être sortie. Je suis totalement conquise pas ta chronique très complète. J’adore la fantasy et quand il y a une bande à laquelle on s’attache, je suis totalement preneuse. Merci beaucoup pour cette chronique, grâce à toi je vais sortir le tome 1 bien plus tôt que prévu 🙂

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