║ Beedle le Barde : Le Sorcier au coeur velu ║ de J.K. Rowling

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    Aujourd’hui, chers lecteurs, je vous propose une petite pause magique dans votre journée en replongeant dans l’univers du jeune sorcier le plus célèbre de la décennie avec Les Contes de Beedle le Barde écrits par J.K. Rowling. Plutôt que de parler de ce petit recueil en une fois, occultant alors des détails intéressants inhérent à chaque conte, j’ai décidé de ne d’abord vous parler que d’un seul conte, celui que j’ai le plus apprécié et troisième dans l’ordre du livre : « Le Sorcier au cœur velu ». Vu l’aspect très court de ces contes, je ne pourrai malheureusement pas, comme à mon habitude, vous épargner le spoil dans cet article. Cependant, plus que le fond de l’histoire, c’est surtout la forme qui est intéressante donc je vous en conseille tout de même la lecture et j’espère que vous ne vous formaliserez pas de mes quelques révélations – qui n’ont, honnêtement, rien de bouleversant étant donné que les contes suivent tous un schéma très classique et donc assez prévisible.

   Dans ce conte, nous faisons la connaissance d’un jeune sorcier qui, voyant tous ses amis perdre la tête à cause des hormones, décide de s’insensibiliser à ce grand mal qu’est l’amour en ôtant son cœur de sa poitrine et en le confinant bien à l’abri au fond de sa demeure. Son entourage, ignorant tout de son stratagème, ne s’inquiète pas de son refus de se laisser aller à des sentiments de son âge et pense que ça changera le jour où il rencontrera la demoiselle qui fera chavirer son cœur. Seulement voilà, les années passent et, bien évidement, le jeune homme ne tombe jamais amoureux. Il fait fortune, mène une vie dans le luxe et se félicite grandement de son choix, pourtant il se rend compte que les gens plaignent sa solitude. Incapable de supporter qu’on le moque ainsi, il décide aussitôt de séduire la plus belle et la plus riche des femmes possibles. Cependant, aussi charmeur qu’il puisse se montrer, la demoiselle ne succombe pas en raison de sa trop grande froideur. Pour changer cela, il l’emmène récupérer son cœur, scellé tout au fond de sa demeure mais n’y trouve qu’une abomination noire et velue qui, lorsqu’il la récupère, le pousse à poignarder la jeune femme pour en récupérer le cœur, encore doux et plein d’amour qu’il cherche vainement à mettre à la place du sien. Une histoire, tout compte fait, plus proche de la tragédie que du conte, semble-t-il, et que Dumbledore lui-même, dans ses commentaires, ne recommande pas aux plus jeunes lecteurs. Que penser alors de la présence de ce récit dont les thèmes, entre amour et violence, dénotent dans le recueil des Contes de Beedle le Barde ?

Ligne horizontale    Registre & public.

    Comme nous avons pu le voir, donc, ce conte est très sombre par rapport aux autres contes du recueil. Même « Le Conte des trois frères », qui est sans doute le plus connu puisqu’il est entièrement présent dans le dernier tome d’Harry Potter pour conter l’histoire de l’apparition des fameuses Reliques de la Mort, ne semble pas aussi violent et, surtout, a droit à une fin positive puisque le troisième frère, le plus sage, a mené une longue vie et quitte ce monde en accueillant la Mort « comme une vieille amie ». Ici, c’est une fin très sombre qui clôt « Le Sorcier au cœur velu », digne d’une tragédie classique, qui voit le protagoniste tuer la femme convoitée et mourir à mourir à son tour dans le plus affreux des désespoirs. La scène finale montre ainsi les deux corps ensanglantés enlacés par terre sous le regard de l’assistance qui s’était inquiété de l’absence de la jeune femme – il aurait peut-être fallu s’inquiéter plus tôt. Si cette fin est expliquée par Dumbledore par la mise en garde très sombre qui y est associée, celle de ne pas chercher à fuir les faiblesses de la nature humaine, on peut aussi y voir, à nouveau, une conclusion très classique. En effet, cet homme qui a cherché à s’élever au-delà de sa condition d’être humain a commis ce qu’on appelle dans la littérature antique un pêché d’hybris – à prononcer « ubriss » –, c’est-à-dire qu’il a essayé de s’attribuer des privilèges réservés aux Dieux. Or, ce pêché s’accompagne d’une malédiction, qui peut se poursuivre sur plusieurs générations si descendance il y a, et qui se conclue généralement par une mort assez violente. Sans parler, ici, de malédiction, on peut tout de même retrouver des thèmes communs avec la littérature antique et il y a peu de chance que ce soit une coïncidence étant donné le nombre de références grecques ou latines se trouvant dans la saga Harry Potter.

     Dès lors, on peut s’interroger sur le public visé par ce conte. En effet, Dumbledore lui-même, dans son analyse du conte, confie que « Le Sorcier au cœur velu » n’est pas lu, comme tous les autres contes de Beedle le Barde, au plus jeune âge mais un peu plus tard, quand leurs enfants ont « atteint un âge qu’ils [les parents] estiment suffisant pour pouvoir l’entendre sans faire de cauchemars ». On peut, bien sûr, voir cela comme une justification de la part de J.K. Rowling qui ne voudrait pas traumatiser de jeunes lecteurs par un contre trop violent et le recommande donc à un lectorat un peu plus âgé par ce biais. Cependant, cet avertissement viendrait alors un peu tard – après le conte, donc – et serait plutôt dénué de sens. Il faudrait donc chercher une autre explication à la présence de ce conte particulièrement macabre dans le recueil et, personnellement, j’y vois la perpétuation d’une tradition littéraire. En effet, aujourd’hui, lorsque l’on pense conte, on pense à de petites histoires mignonnes et enfantines dont J.K. Rowling se moque allègrement en créant le personnage de Beatrix Bloxam, une auteure fictive ayant rendu les contes totalement ridicules en voulant les adoucir pour la jeunesse. Par ce conte, j’aurais donc tendance à penser que J.K. Rowling a voulu s’inspirer aux contes originels de Perrault ou Andersen par exemple, très violents mais radoucis par Disney pour en faire quelque chose de plus « adapté aux enfants ». Je pense donc que, malgré son aspect violent, ce conte peut être raconté à des enfants, tout comme « Le Petit Chaperon rouge » ou « La Belle au bois dormant » l’étaient avant que ne passe le filtre Disney.

Ligne horizontale    Amour & bestialité.

    Le thème principal de ce conte, cela ne vous étonnera pas, c’est l’amour. C’est un thème plus que récurrent des contes de fées dans lesquels on voit princes et princesses s’accoupler allègrement. Cependant, l’originalité de ce conte-ci, c’est que l’amour est perçu comme une faiblesse que notre héros anonyme veut éviter à tout prix. Il voit ses amis, maltraités par leurs hormones, « folâtrant et se pomponnant, perdant l’appétit et leur dignité » et ne veut surtout pas subir le même sort – ce que je peux presque comprendre si ses amis deviennent réellement de telles caricatures. Ainsi, ce qui est présenté comme une finalité absolue dans la plupart des contes, la clef du bonheur, est ici considéré comme une malédiction, une faiblesse ridicule qui coûte jusqu’à la dignité de l’homme. Or, justement, les contes habituels sont souvent pris du point de vue d’une pauvre demoiselle en détresse tandis que celui-ci se focalise sur le point de vue d’un homme et n’est-ce pas ce qui fait toute la différence ? Quand le romantisme absolu est loué comme une vertu pour toute bonne princesse qui se respecte, le prince se doit de montrer un minimum de virilité – sans aller jusqu’au cliché du routier plein de bière, évidemment – alors que folâtrer et se pomponner sont des activités plus associées à la féminité, chose dégradante pour l’image de l’homme dans l’Antiquité. Le héros, ici, représente donc une vision rétrograde de l’homme, qui refuse de se laisser aller au sentimentalisme, quitte à amputer une partie de lui-même et renoncer, ainsi, à son humanité.

      Voici donc le second thème dominant de l’histoire : en se séparant de son cœur, le héros se prive de son humanité pour sombrer dans la bestialité, la sauvagerie, symbolisée par le cœur qui, ayant passé trop de temps enfermé dans le noir, s’est couvert de poils et le pousse à tuer la femme tant convoitée. Dans ce contexte, on ne peut s’empêcher de penser au conte de « La Belle et la bête » publié en France par Mme de Villeneuve puis repris par Mme Leprince de Beaumont – ou, à la limite, on pensera à la version Disney – mais, à nouveau, les codes du conte sont inversés : ce n’est plus une bête victime d’une malédiction qui retrouve forme humaine grâce à l’amour mais un homme, voyant l’amour comme une malédiction, se transformant en bête en voulant le fuir. Et on retrouve là nombre de thèmes communs aux deux contes : la peur de l’amour (raison pour laquelle le sorcier s’arrache le cœur et pour laquelle la Bête commence par fuir Belle), la solitude (dont se moquent les serviteurs du sorcier et dont souffre la Bête), la richesse (tous deux vivent dans le luxe et pensent s’en contenter mais cela ne suffit pas), la colère (du sorcier envers ses serviteurs ou de la Bête envers elle-même), l’attachement à un symbole enfermé qui dépérit (le cœur du sorcier et la rose de la Bête), la laideur (morale du sorcier, physique de la Bête), etc. Pourtant, à développements opposés, fins opposées : quand la Bête accepte l’amour et trouve le bonheur, le sorcier qui l’a tant fui ne peut plus retourner en arrière et le paye de sa vie. On peut néanmoins y trouver une morale commune : l’amour est ce qui nous rend humains, on ne peut s’en passer pour vivre heureux, s’en priver nous ramène à un état primitif, bestial et dangereux (outre le meurtre commis par le sorcier, on se souviendra des accès de rage de la Bête).

     Voici donc ce que j’avais à ajouter aux commentaires d’Albus Dumbledore sur « Le Sorcier au cœur velu » dans Les Contes de Beedle le Barde de J.K. Rowling. Si cela vous a plu et que vous souhaitez me voir me pencher sur d’autres contes du recueil, n’hésitez pas à me le dire, les commentaires sont à votre entière disposition. Nous nous retrouvons bientôt pour un nouvel article mais, pour paraphraser Michael Ende, « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

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9 commentaires sur “║ Beedle le Barde : Le Sorcier au coeur velu ║ de J.K. Rowling

  1. Merci pour ce très chouette article, bourré de références toujours agréables à retrouver ! Je ne serais pas contre une analyse des autres contes si tu en as le temps et l’envie 🙂 ça me rappelle des souvenirs, c’est vraiment très sympa. Et je te suis totalement, ce texte, dans toute sa cruauté, est tout à fait une ode aux « vieilles » versions des contes classiques, avant qu’ils soient totalement édulcorés par Disney et consors !

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  2. Je ne suis pas contre une analyse des autres contes mais surtout… Je n’ai jamais vu ce livre! Je n’en reviens pas c’est horrible! Du coup je suis allée voir sur internet et je me suis rendue compte que j’étais passée à côté de toute la collection des bonus!! Noël approche heureusement … 😉
    Bref merci d’avoir comblé cette énorme lacune,
    Nola

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    • Ahah, je l’ai découvert et j’ai aussi sauté dessus pour mon anniversaire ! Les deux autres livres ne sont pas aussi prenants parce qu’ils sont présentés sous forme de manuels de classe mais ça reste une très bonne poursuite de l’univers pour les fans :3

      Aimé par 1 personne

  3. Ta chronique est très intéressante ! On apprend beaucoup de choses en la lisant et cela m’a rendue curieuse. Je n’ai pas encore lu « Les Contes de Beedle le Barde ». J’ai hésité à l’acheter l’autre jour en allant à la librairie, mais après avoir lu ton analyse, je sens que je vais craquer prochainement !

    Aimé par 1 personne

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