Trilogie ║ Les Mondes d’Ewilan ║ de Pierre Bottero

Les Mondes d'Ewilan

     Après avoir parlé, la semaine dernière, de la première trilogie La Quête d’Ewilan, je vous propose, chers lecteurs, de continuer aujourd’hui avec celle qui lui fait suite : Les Mondes d’Ewilan. On y retrouve le même univers – qui s’étend -, les mêmes personnages – auxquels s’ajoutent quelques nouveaux venus – et surtout la même plume, douce et vivace à la fois, qui caractérise Pierre Bottero. J’ai lu les deux trilogies dans une même continuité puisque les histoires se suivent et elles sont pour moi indissociables : je les ai aimées pareillement et quand je relis la première, j’enchaîne toujours avec la seconde. Faire les deux articles à la suite, comme une continuité, apparaissait donc comme une évidence.

      Cette seconde trilogie commence à nouveau dans notre monde mais de façon beaucoup plus brutale : Ewilan a été enlevée par une organisation secrète qui fait des tests sur elle et d’autres enfants aux pouvoirs magiques, les torturant sans scrupules. L’histoire commence donc in medias res avec le sauvetage d’Ewilan par Salim. On se retrouve alors avec des personnages qui ont extrêmement changé, qui ont mûri, qui ont été endurcis par les épreuves qu’ils viennent de subir et qui doivent de nouveau sauver Gwendalavir d’un grande danger : un démon tentaculaire tente d’envahir le pays via le monde imaginaire qu’arpentent les Dessinateurs. Pour contrer ce mal absolu, la fine équipe se réunit à nouveau et se dirige vers un autre continent, celui dont est originaire un jeune garçon autrefois retenu captif comme Ewilan, Illian, et dont semble également provenir le démon. L’univers se fait donc plus dur et adopte des questions plus matures, en corrélation avec une évolution de son lectorat adolescent.

Ligne horizontale     Douleur & guérison.

    Au début de cette trilogie, nous retrouvons donc une Ewilan affaiblie physiquement, après avoir subi des semaines de tortures et autres mauvais traitement. La jeune fille, que l’on avait découverte bien peu choyée émotionnellement mais toujours bien portante au début de la première trilogie, est aujourd’hui squelettique, ses longs cheveux ont été rasés et ses yeux violets, plus grands que jamais dans sa figure émaciée, sont le reflet de terreurs immenses. On a donc un début beaucoup moins joyeux et optimiste que dans La Quête d’Ewilan et qui annonce immédiatement une nouvelle trilogie plus dure que la première. En effet, tout le premier tome des Mondes d’Ewilan est marqué par la douleur de notre héroïne, tant physique que psychologique : on la voit incapable de bouger, de parler et de Dessiner. Ce qu’elle a subit l’a brisée et, même ayant recouvré quelques forces physiques, le choc psychologique est trop fort pour la laisser indemne. Et même par la suite, la douleur affective est encore très présente lorsque Ewilan, si contente d’avoir retrouvé ses parents, se rend compte qu’ils ne sont pas parfaits. De même, Salin également expérimente la douleur, physique lorsqu’il commence à se transformer en loup, et psychologique lorsque Ellana décide de l’emmener en apprentissage loin d’Ewilan pour se protéger elle-même des sentiments qu’elle a pour Edwin et qui pourraient la heurter. Nous avons donc un univers beaucoup moins rose que dans la première trilogie, un univers dans lequel les personnages expérimentent la souffrance dans tous ses aspects et sont amenés à mûrir en l’affrontant.

     Cependant, cette douleur est toujours accompagnée d’une guérison. En effet, le rétablissement d’Ewilan court sur tout le premier tome – et encore, n’est-il pas vraiment complet – mais il finit par arriver, progressivement, avec du soin et de l’attention – et une bonne dose de vengeance, également. Également, le couple Altan et Élicia Gil’Sayan est en crise mais ils finissent par choisir de se pardonner et de se réconcilier. Ceci entraîne une incompréhension chez leur fille mais, à son tour, Ewilan finit par décider d’accepter leurs choix et de leur pardonner. Dans cette trilogie, on apprend ainsi que la guérison est un processus lent, qui demande du temps et de la patience, ce qui est représenté sur son étalement sur plusieurs tomes à chaque fois mais, même si on garde des marques de ce que l’on a vécu, même si cela nous change, il reste tout de même possible de le surmonter et d’en guérir pour continuer à avancer. Un leçon, finalement, pleine d’espoir et une douceur, une poésie, qui contrebalancent totalement avec la violence des douleurs infligées à nos héros ; un choix optimiste fidèle à la plume de Pierre Bottero.

Ligne horizontale     Ambiguïté & maturité.

    Contrairement à ceux de La Quête d’Ewilan que l’on a pu trouver trop manichéens, les personnages des Mondes d’Ewilan sont marqués par une forte ambiguïté. Par exemple, le personnage d’Éléa Ril’Morienval, qui était la grande méchante de la première saga – ça s’entend rien que dans son nom ! -, vient contraster son côté maléfique – toujours présent, quand même, faut pas exagérer – en se posant en malheureuse victime : elle ne fait pas le mal pour le mal mais cherche à se venger de la douleur que lui a infligé Altan Gil’Sayan, autrefois son amant, qui l’a abandonnée du jour au lendemain pour Élicia. On avait donc, jusqu’alors, un personnage tout gentil, Altan, et un tout méchant, Éléa qui, finalement, ne sont plus ni tout blanc, ni tout noir, mais qui sont contrastés par cette relation qu’ils ont eu ensemble : Altan a mal agi en trompant sa femme et en se servant d’Éléa tandis que celle-ci n’est pas un monstre mais éprouve également des sentiments humains, naturels. Plus encore, on a l’arrivée d’un nouveau personnage qui est marqué par cette ambiguïté : c’est le jeune Illian qu’Ewilan sauve de l’institut où ils étaient tous deux prisonniers. D’un côté, c’est un charmant garçon effrayé par tout ce qu’il a subi mais, d’un autre côté, il possède un pouvoir pouvant faire plier la volonté de quiconque et s’en sert parfois d’une façon qui frôle dangereusement la cruauté. On a donc des personnages qui ne sont plus totalement manichéens mais qui, à l’image de cette nouvelle trilogie, sont contrastés et ambigus, marqués par des forces contraires.

     Toute cette trilogie, vous pouvez donc le constater, met en scène une plus grande maturité que la première. On aborde des thèmes dont la première trilogie n’aurait osé traiter : la torture et l’adultère mais aussi l’endoctrinement (sur Illian), la religion (fondée autour du démon) et le sacrifice altruiste – là, je vais éviter le gros spoil ! – ; autant de thèmes auxquels on ne s’attendrait pas de la part d’une œuvre jeunesse et qui, pourtant, sont amenés avec une délicatesse et un savoir-faire tels qu’on se laisse emporter, à tout âge, sans en être choqués. On peut ainsi constater une réelle évolution d’une trilogie à l’autre : l’héroïne grandit avec son lecteur et l’emmène progressivement d’un monde tout rose très manichéen vers un monde plus nuancé, dans lequel il est plus complexe de distinguer le bien du mal mais ne rendant pas cette distinction impossible non plus, nous apprenant simplement à faire le bon choix. Finalement, le passage d’une trilogie à l’autre figure tout simplement le passage de l’enfance à l’adolescence et prépare vers une entrée en douceur dans l’âge adulte.

      Et voici donc que se conclue le cycle d’Ewilan avec cette seconde trilogie, Les Mondes d’Ewilan. Je vous reparlerai sans doute des autres trilogies de Pierre Bottero quand je les aurai lues mais « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois » a écrit un jour Michael Ende. Je vous invite donc à réagir dans les commentaires et vous dis à bientôt !

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3 commentaires sur “Trilogie ║ Les Mondes d’Ewilan ║ de Pierre Bottero

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