Duologie ║ La Dernière Guerre ║ de Fabrice Colin

La Dernière Guerre

      Aujourd’hui, chers lecteurs, je vous propose une duologie que j’ai pu découvrir grâce à la vente privée Michel Lafon : il s’agit de La Dernière Guerre, composée des deux tomes 49 jours et 2nde vie. Autant vous dire que j’ai été totalement enthousiasmée par cette lecture ; on a affaire là à de la fantasy qui sort des sentiers battus et explore nombre de thèmes très originaux pour de la littérature souvent classée dans les rayons jeunesses, les mêlant avec un savoir-faire assez exceptionnel. On y parle à la fois de la mort, des croyances, de la destinée, de la solitude mais aussi de la guerre, de la stérilité, de l’amour, de la trahison… Qui plus est, le point de vue à la première personne dans un monde contemporain au nôtre permet une excellente immersion dans l’histoire dès les premières pages du roman.

      Or, dès le premier chapitre, notre héros meurt dans un attentat parisien. Tout au long du livre 49 jours, on va donc explorer la vie post-mortem de Floryan qui atterrit sur une plaine magnifique qu’on lui présente comme étant similaire aux limbes dans la religion chrétienne – même si le livre propose toujours plusieurs exemples religieux, sans jamais en prôner un plus qu’un autre ! – et y rencontre un Élohim, proche de la figure angélique, lui proposant deux choix : le suivre dans son fabuleux Royaume ou sauter dans un gouffre vertigineux sans savoir ce qui l’attendra au fond. Floryan a donc 49 jours pour faire son choix mais, bien sûr, tout ne se passera pas comme prévu. Dans le second tome, changement de narrateur : nous suivons cette fois le point de vue d’une jeune fille, Rain, que nous avons rencontré dans le premier livre et, surtout, retour sur Terre ; une Terre proche de l’apocalypse dans lequel plus aucune femme ne peut avoir d’enfants et dans lequel une nouvelle guerre mondiale est engagée, faisant des millions de victimes. La mission de Rain, donc, très simple, est juste de sauver le monde – rien de plus facile !

Ligne horizontale    Doutes & peurs.
  Vous l’aurez donc compris, cette duologie parle de la mort – et pas qu’un peu ! – puisqu’il a la particularité de commencer par le décès assez violent du héros. Nous suivons donc son arrivée dans les limbes et les premiers chapitres en sa compagnie sont extrêmement solitaires, centrés sur l’introspection. Floryan s’y pose à peu près toutes les questions que l’on peut se poser sur la mort : qu’est-ce qui l’attend après (lorsqu’il les 49 jours seront écoulés et qu’il devra avoir fait son choix) ? L’éternité l’attend-il réellement ? Restera-t-il celui qu’il est ou sa personnalité se fondra-t-elle parmi des milliers d’autres ? Et d’ailleurs, pourquoi est-il seul sur cette plaine où il a atterri ? Alors, si vous vous attendez à des révélations métaphysiques, autant vous dire que vous n’avez pas choisi le bon livre. Ce livre pose énormément de questions, toutes très justes, qui feront sans doute écho à des questions que vous auriez pu vous poser dans de telles conditions mais il n’en fournit pas les réponses : il vous laisse plutôt dans un doute perpétuel qui vous invite à réfléchir par vous-mêmes. Le doute est une constante permanente de cette Dernière Guerre car, en plus des questions post-mortem que Floryan se pose naturellement, beaucoup d’autres questions vont venir s’ajouter ; nous ne sommes jamais sûrs de rien : la sincérité de tous ceux que l’on croisera sera remise en question jusqu’au bout, ainsi que la réalité même de ce que vis Floryan. Le doute, plus encore que de ménager un suspense constant – qui est, je dois l’admettre, sacrément bien mené -, permet surtout de maintenir une tension constante, l’auteur nous oblige par ce biais à rester toujours sur le qui-vive et à analyser chaque fait qui se présente à nous sans jamais le prendre pour acquis, ce qu’apprend bien vite à faire Floryan et qui est inné dans le monde ravagé de Rain, la seconde héroïne.

     L’incertitude qui règne aide ainsi à instaurer une certaine ambiance, dans laquelle la crainte est reine. En effet, c’est sur cette peur que se base toute la stratégie des Élohims : ils se basent sur les croyances humaines, quelles qu’elles soient, sur leurs doutes, sur leur crainte du néant pour les manipuler et leur faire croire ce qu’ils souhaitent. Bien que ce soit un motif déjà vu, ça reste une idée intéressante que de se servir des peurs des Hommes pour mieux les piéger. De même, dans le second tome 2nde vie, guerre, incapacité de se reproduire et fin du monde programmée illustrent les plus grandes craintes de l’humanité au point de faire sombrer la plupart des gens dans la folie. Enfin, les Élohims usent de formes évoluées de ce qui ressemble à de la torture mentale pour convaincre les gens de leur venir en aide, quitte à trahir tous leurs principes. Mais les Élohims ne sont pas seuls à se servir de la peur pour asseoir leur règne ; dans la petite communauté qu’intègre Floryan a un moment de ses pérégrinations, c’est également grâce la peur des Élohims et de leur Royaume que le chef parvient à réunir ses compagnons autour de lui tout en leur cachant la plus grande partie de ce qu’il sait. La peur est à la fois motrice, fédératrice et traître, manipulatrice : ses deux facettes sont révélées et exploitées dans cette histoire qui refuse de rester en surface et analyse plutôt les motivations profondes qui peuvent mener un personnage sur un sentier plutôt qu’un autre.

Ligne horizontale         Amour & apocalypse.
      Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’amour est un thème central au milieu de cette duologie marquée par la mort et la guerre. En effet, l’histoire d’amour entre nos deux héros est assez centrale, elle est, finalement, ce qui leur permet de dépasser leurs limites et d’atteindre des objectifs plus grands qu’il n’aurait été possible si leur rencontre n’avait pas eu lieu. Une sorte de destin inéluctable les ramène l’un vers l’autre sans qu’ils puissent y échapper et les pousse à miser sur l’avenir du monde pour espérer un avenir ensemble – niveau amour maudit, il y a quand même du level, là ! Cependant, cet amour n’est pas le seul présent dans La Dernière Guerre et on s’aperçoit vite que c’est également une force motrice, plus puissante encore que la peur. L’amour familial, tout d’abord, est mis en scène : c’est ce qui pousse Floryan à enfreindre les règles, pour savoir comment sa famille poursuit sa vie sans lui et c’est le même amour qui pousse Rain et son père à se battre en pleine déchéance du monde, simplement l’un pour l’autre. De même, dans le second tome, on croise à un moment donné un père qui a vu toute sa famille emportée pour toute la maladie et est prêt à se sacrifier pour leur offrir une sépulture correcte, car elle était sa seule raison de vivre. L’amour, encore, est ce sentiment qui encourage les gens à s’entraider, même dans des situations aussi désespérées que celle dans laquelle le monde est plongé. Bref, l’amour est ce qui permet de garder espoir, de continuer à avancer en toutes circonstances et de lutter contre une force physiquement et technologiquement supérieure. Or, moi qui ne suis pas très portée sur les romanes, j’adore tout de même toutes ces valeurs positives portées par la duologie de Fabrice Colin car cela est fait avec une subtilité qui empêche le côté « fleur bleue » indigeste d’un roman qui n’aurait rien d’autre à dire.

     En contrepied total de ce message d’amour omniprésent, on assiste à la progression du monde vers ce que l’on peut nommer sans erreur possible l’apocalypse. Lorsque nous débarquons dans l’histoire de Rain, le monde touche clairement à sa fin : désormais incapable de se reproduire, l’humanité a choisi de se livrer à une guerre qui ne semble pouvoir se finir que par l’éradication de toute vie sur Terre. Les gens que nos héros rencontrent sont, la plupart du temps, totalement désespérés et, même s’ils l’ignorent, ils ne peuvent même pas se raccrocher à l’idée de trouver le repos dans la mort puisque mourir signifie risquer de se retrouver entre les griffes des Élohims. Pourtant, une étincelle subsiste, un esprit revanchard qui souhaite survivre à tout prix, des petites parcelles d’humanité qui continuent à fleurir au milieu d’un monde qui se déshumanise de plus en plus. Ces deux livres, finalement, sont une belle peinture des mœurs humaines, nous présentant différents types de personnages (du grand guerrier au fragile sentimental en passant par l’éternelle débrouillarde) auxquels la question de l’identification se pose – « lequel aurais-je été, moi, en de pareilles circonstances ? » – et réveillant les questions existentielles qui sommeillent en chacun de nous. Si le premier tome s’interrogeait sur la fin, sur la mort, le second tome préfère s’interroger sur la vie, sur le monde qui nous entoure et pose, à nouveau, toute une série de questions sans réponses destinées à nous faire réfléchir, à penser toujours plus loin.

     Et voilà ! Un bilan très positif sur La Dernière Guerre de Fabrice Colin, une duologie remplie d’idées intéressantes et choisissant de produire une fantasy originale qui sort des sentiers battus pour un résultat tout en beauté. Si vous l’avez lue ou comptez la lire, n’hésitez pas à laisser votre avis dans les commentaires et je vous dis à bientôt pour un nouveau petit papier mais, comme l’a écrit Michael Ende : « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois » !

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4 commentaires sur “Duologie ║ La Dernière Guerre ║ de Fabrice Colin

    • Merci, ça fait toujours plaisir 🙂 Ils sont facilement trouvables sur les sites de la Fnac ou d’Amazon en neuf (mais le prix va avec, du coup), j’ignore s’il y a la possibilité de les trouver en occasion, je te souhaite de les lire en tout cas !

      Aimé par 1 personne

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