Découvrons… ║ Un Roi sans divertissement ║ de Jean Giono

Un roi sans divertissement

     Si vous me suivez un peu sur Facebook, vous saurez peut-être que j’ai lu récemment Un Roi sans divertissement de Jean Giono (augmentant ainsi d’une lecture supplémentaire mon petit challenge des 100 livres à avoir lus dans sa vie). Je vous propose donc, chers lecteurs, de découvrir ou redécouvrir ensemble ce classique assez particulier.
Pour ceux qui n’en connaitraient pas encore les grandes lignes – j’ai attendu 24 ans pour le lire, donc ça me semble possible mais je risque de spoiler un peu donc faites attention si vous voulez conserver la surprise de la lecture -, les voici : chaque hiver, dans un petit village de montagne, des personnes disparaissent, enlevées par un mystérieux tueur. L’inspecteur Langlois vient s’installer à l’auberge du village et finit par retrouver l’assassin qu’il abat de deux balles, suite à quoi il démissionne de la gendarmerie. Cependant, Langlois revient au village l’hiver suivant en tant que commandant de louveterie et organise une énorme chasse au loup qui se conclue à nouveau par deux balles dans le corps du traqué. Une ellipse nous envoie alors quelques années plus tard, après la mort de Langlois, et nous en apprend davantage sur ses motivations. Nous avons donc, ici, une véritable peinture de la nature humaine, très éloignée de l’enquête policière à laquelle on aurait pu s’attendre en premier lieu.

        Malheureusement, je n’ai pas été aussi emballée par ce livre que j’aurais aimé l’être, malgré un certain nombre de points positifs. Je ne renie en rien le talent de l’auteur, je dis simplement que j’ai eu du mal à accrocher à cette ambiance qu’il instaure et que cette lecture m’a du coup laissé un goût plutôt doux-amer. Je l’avoue, même si ça va faire très immature, j’aime l’action. Or, ce livre semblait, au commencement, en promettre beaucoup mais joue plutôt sur cette attente du lecteur et il nous laisse dans l’expectative pour mieux délivrer son message.

Ligne horizontale      Attente & échappatoire.

      L’attente du lecteur, c’est avant tout ce qu’on espère trouver dans un livre et on sent très vite que Giono joue là-dessus, donnant à son récit l’apparence première d’un roman policier pour en fait, nous présenter un roman psychologique. Pour apprécier sa lecture, il faut donc être prêt à accepter de changer ses attentes en cours de lecture. Mais l’attente s’exprime aussi ici par l’expectative et, finalement, l’impatience. Or, tout au long de la lecture, on attend désespérément qu’il se passe quelque chose, ressentant un sentiment d’excitation lorsque l’on sent cette action arriver, doucement, préparée avec beaucoup de soin, entourée de grandes cérémonies, puis repartant frustrés de cette montée en puissance qui ne se conclue que pour nous replonger dans une nouvelle attente. En cela, le livre est formidablement écrit car nous ressentons alors, sans le savoir vraiment – ou le devinant, mais sans que cela nous soit dévoilé explicitement -, exactement les mêmes sentiments que Langlois lui-même. En effet, nous comprenons finalement que c’est ce qui a poussé Langlois a organiser une grandiloquente chasse au loup : cette attente interminable d’action, cet enfermement dans une routine trop monotone, ce « divertissement » manquant annoncé par le titre. L’homme a tout ce qu’il faut pour être heureux mais demeure éternellement insatisfait car il recherche autre chose, a besoin de trouver un but existentiel plus grand.

      Ainsi, pour sortir de cette impasse, Langlois tombe dans une fascination du mal qui a commencée avec la mort de l’assassin, est répétée avec celle du loup et s’achève avec le sang d’une simple poule gouttant sur la neige. Deux seules alternatives semblent se poser face à l’ennui et le vide existentiel : le meurtre – ici symbole de divertissement – ou le suicide – qui, en fait, est un meurtre perpétré contre soi-même et se rapproche ainsi finalement beaucoup de la première alternative. Ces évènements seuls mettent fin à l’attente de Langlois comme du lecteur qui, mieux que jamais, peut comprendre ce personnage principal cherchant une échappatoire au fléau qui les tenaille tous deux. La fin du roman, ici, imite la mort, signifiant clairement que la réponse finale ne se trouve pas à l’intérieur de l’histoire elle-même mais se situe ailleurs. Le roman ne fournit pas de réponses, seulement des questions et une fin qui nous invite à chercher plus loin, par nous-mêmes, et nous déconseille, par le contre-exemple de Langlois, de rester enfermer dans ce cercle infernal et stérile qu’est le divertissement, qui n’est qu’un leurre et non une réelle échappatoire.

Ligne horizontale      En bref :

     J’ai été très perturbée par ce sentiment d’attente ne débouchant sur rien qui m’a tiraillée tout au long du roman mais je reconnais aussi une certaine beauté au récit et une très grande originalité dans la manière d’exprimer la psychologie de Langlois à travers la nature et à travers les autres personnages. Je n’ai cependant pas pu réellement apprécier ces détails étant donné le sentiment d’expectative dans lequel j’étais plongée. Je relirai donc peut-être ce roman une seconde fois, dans quelques temps, avec des attentes différentes, dans l’espoir de mieux pouvoir en savourer les subtilités – lorsque ce sera le cas, je n’oublierai pas de mettre cet article à jour – mais, pour le moment, je conserve une impression très mitigée sur ce roman car il n’a pas su m’emporter dans son histoire, bien que je n’en oublie pas les indéniables qualités narratives.

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11 commentaires sur “Découvrons… ║ Un Roi sans divertissement ║ de Jean Giono

  1. Bonsoir, moi ce livre, je l’ai lu au lycée et plus tard à la fac. Je peux pas dire que ce fut une lecture extraordinaire mais l’histoire m’a plu ainsi que les symboliques qui s’en dégagent. Ce n’est pas pour autant que j’ai lu d’autres titres de cet auteur.
    En tout cas, chapeau pour le challenge. Je suis comme toi vis à vis de ça, dur dur de relever un challenge ou de lire quelque chose d’imposé ! Bon courage donc 😉

    Aimé par 1 personne

  2. J’avais lu ce livre quand j’étais au lycée et j’en garde un très bon souvenir. J’ai beaucoup aimé l’analyse que tu en donne. Je me souviens que j’ai beaucoup aimé l’engrenage sur lequel repose l’histoire, mais comme toi j’ai un peu souffert du manque d’action. Mais en lissant ton article je me suis rendu compte que c’était peut-être l’effet que cherchais l’auteur puisque on est toujours dans l’attente d’une action qui n’arrive qu’à quelques rares moments (comme la traque du loup ou de l’assassin) tout comme Langlois est dans l’attente perpétuel de divertissement. Qu’en penses-tu ?

    Aimé par 2 people

    • Oui, je pense exactement comme toi !
      C’est donc un très bon livre quand on est à la recherche d’une réflexion sur la nature humaine mais qui peut décevoir quand, comme moi, on s’y lance un peu à corps perdu sans savoir à quoi s’attendre et en restant finalement perplexe jusqu’au dénouement qui nous fournit l’explication de cette attente déçue.

      Aimé par 1 personne

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