║ Ravage ║ de René Barjavel

Ravage

    Ce n’est pas la première fois, chers lecteurs, que je vous propose de discuter un peu d’un roman de Barjavel et ce n’est sans doute pas la dernière non plus. En effet, il y avait eu Une Rose au paradis il y a quelques temps et c’est aujourd’hui au tour de Ravage, dont je viens de terminer la lecture. Toujours passionné par les mêmes thèmes, Barjavel nous parle une nouvelle fois de ce qui semble être la fin du monde civilisé dans ce roman post-apocalyptique. À nouveau, comme dans Une Rose au paradis ou La Nuit des temps, le thème de l’amour est bien présent mais il est traité différemment : on a bien un couple dominant qui semble destiné à finir ensemble mais leur amour, finalement, n’est qu’une histoire en filigrane qui nous donne une excuse pour suivre l’évolution d’un groupe d’humains survivant à la catastrophe et n’est certainement pas le thème central du roman. C’est heureux, ai-je envie de dire, car je n’ai supporté aucun des deux personnages. Pourtant, j’ai beaucoup apprécié le livre. Étonnant, me direz-vous ? Peut-être, mais pas impossible car l’histoire, finalement, plus que d’être celle de nos deux héros, est celle du destin de l’humanité et là-dessus, Barjavel propose quelques idées vraiment intéressante.

    L’histoire est simple et vous rappellera peut-être celle d’Une Rose au paradis ou d’autres romans de Barjavel : dans un monde où la science est sur-développée et dirige tous les aspects de la vie des Hommes, une catastrophe rend soudain toute technologie obsolète. L’électricité ne fonctionne plus, le fer, omniprésent, se désagrège, il n’y a plus ni moyen de transports, ni moyens de communication modernes d’aucune sorte. La société s’écroule alors, des petites bandes organisées se battent pour s’approprier les quelques ressources restantes, et c’est l’une d’elles que nous suivons, dirigée par François – c’est à peine cliché, François le français, non ? -, fils d’agriculteur monté étudier à Paris, qui veut emmener sa petite bande, et notamment Blanche, son amour d’enfance, en Ardèche où la technologie est moins présente et où ils pourront cultiver leurs propres terres pour recommencer une nouvelle vie.

Ligne horizontale     Science & barbarie.
    Dans Ravage, la science est donc à son apogée. Elle est présente dans tous les aspects de la vie humaine et l’humanité en est en grande partie dépendante. La technologie est omniprésente dans le quotidien de chacun et c’est pourquoi sa disparition va provoquer une véritable vague de chaos. Totalement dépendants de la technologie, les Hommes sont perdus sans elle et seuls ceux qui exerçaient une activité manuelle (ou s’y destinaient, comme François) sont encore capables de réagir face à la crise. On voit que Blanche, qui s’était laissée happer par les attraits de la vie facile, et son entourage sont les premiers à paniquer lorsque la technologie disparaît. L’apogée de la science semble aussi marquer l’apogée de la civilisation mais pas dans un bon sens : dans le sens, plutôt, où l’humanité a perdu tout contact avec la nature et s’est amollie pour ne plus compter que sur les avancées technologiques. Nous avons affaire ici, en fait, à une civilisation qui est à opposer à la barbarie.

     Or, la barbarie, dans ce roman, n’est pas totalement décriée. Elle est, en premier lieu, l’état dans lequel les Hommes retombent dès lors que toute technologie a disparue et semble, à ce moment-là, synonyme de chaos. En effet, les Hommes ne pensent alors plus qu’à eux-mêmes, ne se laissent plus dicter par aucune règle civilisée et laissent libre court à leurs plus bas instincts. Cependant, la barbarie, quelque part, devient aussi synonyme de retour à la nature. François et son groupe doivent se résoudre à commettre des actes qui vont contre la civilisation – tel que le meurtre, par exemple – et qui peuvent sembler cruels mais qui répondent, finalement, à un instinct de survie. De même, tels les peuples barbares originels, ils effectuent une migration en quête de ressources dont ils ne disposent pas dans le Paris ravagé – c’est-à-dire de terres cultivables, tout simplement. Enfin, ils quittent le monde urbain pour revenir à des valeurs plus simples, plus naturelles, qui mettent le travail de la terre au cœur de leur vie et rejettent toute technologie, s’opposant en tout cela à la civilisation.

Ligne horizontale     Apocalypse & espoir.
   C’est clairement un monde post-apocalyptique que nous propose Barjavel, et ce même dans le sens biblique du terme. En effet, on voit l’humanité privée de ses privilèges, revenir à l’état de nature, on voit les morts pourrir dans les rues, on voit le fer se désagréger, on voit la faune reprendre possession des rues, on voit les vieux et les faibles abandonnés et, enfin, on voit les plus résistants, physiquement et psychologiquement, se diriger l’équivalent de la terre promise, guidés par de bons sentiments, pour commencer une nouvelle vie plus honnête et plus respectueuse de la nature. Le monde tel que les Hommes l’ont voulu et construit touche donc à sa fin ; il est détruit par des forces plus grandes et inexplicables – on a des théories mais jamais d’explication claire à cette destruction et, surtout, aucune qui soit scientifiquement valable -, il connaît la chute après avoir atteint son apogée pour ne laisser survivre que ceux qui le méritent – ça ne vous rappelle rien ? – après un dur périple.

      Cependant, loin de sombrer dans le désespoir, nos héros ne cessent jamais de se battre, continuent leur chemin en rêvant à un nouveau départ et cela est très marquant dans l’œuvre. À aucun moment les personnages importants ne perdent espoir. Ceux qui perdent espoir ne s’en relèvent pas car c’est justement l’espoir qui les fait tous avancer. La nature profondément optimiste de l’humanité est représentée là et c’est elle qui permet de surmonter les pires situations en rendant courage à ceux qui refusent d’abandonner. Malgré les ravages – Oh, oh ! que ce titre était bien trouvé ! – subis par la capitale, on a toujours l’espoir de trouver des terres plus hospitalières au sud et de recréer une civilisation plus saine à partir des restes laissés par cette catastrophe. C’est là, me semble-t-il, un message essentiel du roman : il n’est jamais trop tard pour recommencer, il faut garder espoir en la possibilité d’un avenir meilleur à construire de nos propres mains.

     C’est donc ce que j’ai retenu de ma lecture de Ravage de Barjavel. J’attends avec impatience vos commentaire pour savoir ce que vous en avez vous-mêmes pensé et quels thèmes vous y ont interpellé. En attendant, je vous dis à bientôt pour un nouveau petit papier mais, comme l’a écrit Michael Ende, « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

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