║ Druss la Légende ║ de David Gemmel

Druss la Légende

    Comme vous le savez peut-être si vous me suivez sur les réseaux sociaux, chers lecteurs, je viens de finir mon premier Gemmel et ce fût une excellente découverte ! Pour ne rien faire comme tout le monde, j’ai commencé en plein milieu du cycle Drenaï avec un livre sous forme de biographie fictive : Druss la Légende. Sans surprise, nous suivons la vie de Druss qui passe du statut de bûcheron mal-aimé par son village à celui de véritable légende vivante, héros de guerre par excellence. Druss est un personnage extrêmement attachant, d’une force herculéenne mais habité par une colère qui le met à l’écart des autres. Son voyage va lui permettre de s’ouvrir au monde et de révéler toutes ses qualités, sa gentillesse, sa détermination, sa volonté de bien faire et surtout l’amour infini qu’il porte à sa femme.

     L’histoire commence donc ainsi : Druss vit avec sa femme Rowena dans un petit village de montagnes où il a du mal à se faire accepter à cause de ses accès de colère. Rowena seule, l’amour de sa vie, parvient à l’apaiser et à le rendre heureux. Mais vient un jour – forcément, il y a toujours « un jour » ! – où des esclavagistes attaquent le village. Malgré toute la hargne qu’ils mettent à se défendre, le village est détruit, laissant pour seul survivant Druss, et toutes les jeunes femmes sont emmenées pour être vendues. Dès lors, Druss n’a plus qu’une idée en tête : sauver sa femme. Pour cela, il récupère Snaga, la hache de son grand-père, Bardan, le tueur sanguinaire, avec lequel il semble imbattable mais celle-ci est maudite et a une influence néfaste sur ceux qui la portent. La question est donc entière : Druss pourra-t-il sauver Rowena sans pour autant succomber au démon et devenir le terrible Marche-Mort auquel l’attrait de Snaga le prédestine ?

Ligne horizontale     Amour & égoïsme.

    L’amour, vous l’aurez compris, est donc tout ce qui motive Druss dans son éternelle quête. C’est sa seule ambition, sa seule motivation, son seul rêve : sauver Rowena, celle qu’il aime. Cet amour est souvent remis en question, beaucoup lui enjoignent d’abandonner, lui font remarquer que la jeune femme aura perdu beaucoup de choses aux mains des esclavagistes, lui rappellent qu’il est jeune et lui conseille de se choisir une nouvelle épouse. Pourtant, l’amour de Druss est le symbole de l’amour absolu : il ne connaît aucune restriction et ni le temps, ni la distance, ni la difficulté ne lui feront renoncer à sauver sa femme. En cela, il vient s’opposer aux autres histoires d’amour qui parsèment le roman et qui ne parviennent jamais au même absolu. Nous avons, par exemple, la figure du poète qui accompagne Druss, qui passe son temps à chanter l’amour mais ne l’a jamais éprouvé et collectionne plutôt les aventures passagères. Nous avons également Delnar qui, lui, représente la figure du mari cocufié qui doit endurer son amour propre blessé et qui ne sait vers qui reporter sa colère : sa femme, son amant ou lui-même ? Ou encore, il y a Michanek qui, comme Druss, semble une nouvelle figure d’un amour pur et infini mais qui, contrairement à lui, sait son mariage limité en durée à cause d’une prophétie qui lui a été faite. Ainsi, même si l’amour de Michanel a l’air, de prime abord, aussi puissant que celui de Druss, il est soumis à restriction et ne passe pas par les mêmes épreuves. Druss est ainsi la seule figure d’amour absolu et parfait que l’on puisse trouver dans ce roman.

     Pourtant, il arrive à plusieurs reprises que l’égoïsme de cet amour soit pointé du doigt. En effet, l’amour de Rowena est la seule chose qui permette à Druss de trouver la paix, de se sentir heureux et débarrassé de toute colère. On peut, dès lors, se demander s’il veut à tout prix retrouver Rowena pour la sauver elle ou pour se sauver lui-même. Druss se pose d’ailleurs la question, surtout lorsqu’il apprend qu’elle a possiblement recommencé une nouvelle vie heureuse sans lui. Pourtant, rien ne peut l’empêcher d’aller vers elle, il est comme attiré inexorablement, prêt à détruire tout ce qui se dresse sur son chemin pour la rejoindre. De ce point de vue là, Druss pourrait donc sembler faire preuve d’égoïsme ; cependant, l’égoïsme n’est pas véritablement ce qui le motive : il est intimement persuadé que Rowena et lui-même doivent être réunis, il poursuit sa quête inlassablement dans l’idée de la rendre réellement heureuse autant que lui-même. Le doute est ainsi totalement permis : peut-être motivé par de mauvaises raisons mais persuadé de le faire pour de bonnes raisons, Druss peut-il être taxé d’égoïsme ? Très personnellement, je pense que non car, finalement, l’amour est forcément égoïste en un sens car sa quête a pour but de nous rendre nous-même heureux autant que la personne aimée donc il contient forcément un intérêt personnel mais qui, tant qu’il ne s’exerce pas au détriment de l’autre, ne peut être réellement taxé d’égoïsme. C’est mon avis personnel mais il peut bien sûr être sujet à controverse et le livre laisse d’ailleurs la question ouverte donc vos avis sur la question sont tout aussi les bienvenus.

Ligne horizontale     Légende & héroïsme.

     Le titre est assez explicite là-dessus : Druss la Légende, c’est avant tout l’histoire de la naissance d’une légende. On assiste là à une mise en abyme qui court tout au long du roman ; c’est un récit qui nous raconte comment sont nés les récits. Le personnage de Sieben, le poète, qui accompagne Druss dans une grande partie de ses pérégrinations est particulièrement important pour cela. Auteur fictif de Waylander, un autre tome du cycle Drenaï de Gemmel, Sieben est aussi celui qui écrit la légende de Druss, qui narre ses aventures, les arrange et parfois les invente totalement pour le simple plaisir d’énerver Druss. Tout héroïque qu’il puisse être, la légende de Druss n’aurait sans doute pas excédé les limites de ses batailles si Sieben n’avait pas été là pour embellir et colporter les récits de tous ses faits. La nature primordiale du récit est donc mise en exergue par Gemmel dans ses romans ; ils sont ce qui font la grandeur d’un homme, ce qui le fait rester dans les mémoires et qui le distingue du commun des mortels. En effet, aussi épiques puissent être les exploits de Druss, Sieben se sent obligé d’en rajouter, de romancer le tout – en faisant de Rowena une princesse, en ajoutant dragons et voyages au royaume des morts – pour faire de Druss plus qu’un homme : pour entrer dans la légende, être humain ne semble pas suffire, il faut être surhumain.

     En cela, Druss avait déjà une longueur d’avance sur ses concurrents au titre de légende car il est aussi héroïque qu’il est possible de l’être. Il a tout du grand chevalier, au physique avantageux, à la force extraordinaire, invincible et motivé par de nobles ambitions. Pourtant, Druss est également une figure anti-héroïque au possible ! En effet, Druss est aussi pétri de faiblesses, dont la plus grande est sa femme, pour qui il serait capable de tout, quitte à ce que ça se fasse au détriment d’autrui. En cela, le personnage évolue au fil de l’histoire mais, au départ, on voit bien qu’il est prêt à abandonner toutes les femmes de son village kidnappées en même temps que Rowena pour peu qu’il puisse la sauver. Ce n’est qu’en s’imposant un code d’honneur que ces notions chevaleresques qui nous semblent évidentes pourront radoucir un peu sa conception du monde. Plus encore, Druss est aidé dans ses combats par la terrible Snaga, la hache de son grand-père Bardan, connu pour être un effroyable meurtrier, violeur de femmes et tueur d’enfants. Toute l’ambivalence du personnage de Druss est là : terriblement attachant d’un côté mais aussi parfois attiré par la voie tracée par son ancêtre, prêt à se laisser guider par cette fureur et cette soif de sang qui le prend parfois. Et c’est finalement la volonté de choisir son côté qui fera la différence entre monstre ou héros – comme nous l’enseigne également le Choixpeau magique, pour faire une comparaison éculée !

      Voici donc mon opinion sur Druss la Légende de David Gemmel, qui m’aura convaincue de lire plein d’autres Gemmel, sans modération. Que vous l’ayez lu ou comptiez le lire, n’hésitez pas à m’en dire plus dans les commentaires et on se retrouve bientôt mais, comme toujours, « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois » !

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3 commentaires sur “║ Druss la Légende ║ de David Gemmel

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