║ Beedle le Barde : Babbitty Lapina et la souche qui gloussait ║ de J.K. Rowling

 Babbitty Lapina

   Après avoir parlé, il y a quelques temps, d’un premier conte de Beedle le Barde, « Le Sorcier au cœur velu », je vous avais demandé, chers lecteurs, si d’autres articles sur le reste du recueil vous intéresseraient et la réponse a été plutôt positive. Je vous reviens donc aujourd’hui avec le conte suivant, quatrième des Contes de Beedle le Barde, celui de « Babbitty Lapina et la souche qui gloussait ». Babbitty Lapina – ou Lapina la Babille en traduction française -, ce nom ne sera sans doute pas étranger aux fans de Harry Potter, qu’ils aient lu le recueil ou non, puisqu’il est prononcé dans la saga elle-même par Ron Weasley, le seul de nos trois protagonistes ayant grandi dans le monde des sorciers. On apprend ainsi que c’est l’un des contes les plus populaires racontés aux enfants à l’heure du coucher mais ce n’est que dans ce petit livre que nous en apprenons plus sur cette historiette peut-être pas si mignonne que ça au final.

     Étonnement, Babbitty Lapina, malgré son importance dans l’histoire, n’est pas mentionnée dès le début du conte, loin de là. Le conte commence plutôt par nous présenter les antagonistes : un roi stupide – ce n’est pas moi qui le dis, c’est écrit ! – et un charlatan venu l’arnaquer. En effet, le roi, envieux du pouvoir des sorciers, décrète qu’ils seront tous chassés et que lui seul pourra pratiquer la magie. Il fait donc appel à un professeur pour la lui enseigner mais, bien sûr, aucun sorcier ne se porte volontaire. Un charlatan – aucun des deux personnages n’est nommé – se présente donc et ébloui le roi avec quelques tours de prestidigitation puis fait semblant de lui enseigner la magie tout en récoltant beaucoup d’argent au passage. Passablement ridicule lors de ses exercices bidons, le roi est un jour confronté au rire de Babbitty – la voilà enfin ! -, sa blanchisseuse, qui elle est une vraie sorcière. Énervé, le roi exige de faire une démonstration de sa magie en public. Le charlatan, acculé, découvre les pouvoirs de Babbitty et la menace de la dénoncer si elle ne l’aide pas à duper le roi et sa cour. Et je vous ménage un peu de suspense, en ne vous dévoilant pas le fin mot de cette histoire.

Ligne horizontale     Magie & convoitise.

     Comme pour la plupart des contes de Beedle le Barde, la magie est une fois encore au centre de cette histoire. Mais, cette fois-ci, le commentaire de Dumbledore suivant le conte la présente comme beaucoup plus réaliste que dans les autres contes. En effet, ses possibilités et ses limites font écho à celles exposées dans la saga Harry Potter, correspondant aux règles de l’univers. Mais, plus encore, cette histoire fait aussi écho à l’Histoire « moldue » telle que nous la connaissons puisqu’elle s’ouvre sur un récit de chasse aux sorcières comme il en existait au Moyen Âge. J.K. Rowling joue donc ici avec un double niveau de connaissance du lecteur : celui de l’Histoire réelle et celui de l’histoire fictive. La magie est ainsi rendue réaliste non seulement au sein de l’univers de Harry Potter mais également suggérée au sein de notre propre univers, ce que J. K. Rowling suggère dans les trois petits tomes de la Bibliothèque de Poudlard.

     Cependant, bien évidement, cette magie attire la convoitise. Ici, c’est le roi stupide qui est envieux des sorciers, au point de les condamner à mort et de s’en abroger l’exclusivité absolue en son royaume. Or, il est dupé par des tours de passe-passe d’un arnaqueur qui s’apparentent beaucoup à de la prestidigitation. Le lecteur pourrait donc immédiatement s’identifier à ce roi qui, comme nous tous j’imagine, rêve de pratiquer la magie à l’égal des sorciers et se laisse impressionner par quelques tours d’illusion paraissant bien ridicules à côté de la véritable magie. Néanmoins, pour éviter cette identification du lecteur, le roi est toujours présenté comme « stupide » apparentant ainsi sa convoitise à de la bêtise et nous retenant de vouloir lui ressembler. De même, c’est par convoitise que le charlatan se porte volontaire comme professeur du roi ; il envie ses richesses et cherche à se les accaparer en se faisant passer pour un sorcier mais, aussi rusé soit-il, son destin sera identique à celui du roi. Nous, moldus, sommes donc prévenus : nous pouvons certes admirer les pouvoirs des sorciers mais il n’est pas question de les égaler.

Ligne horizontale     Ruse & morale.

    La ruse du charlatan est beaucoup mise en valeur : il est aussi rusé que le roi est stupide. Par la ruse, il parvient à berner le roi, à se faire une fortune considérable et même à se sortir des ennuis dans lesquels il s’est plongé (justement à cause de sa ruse). Mais elle ne fait que lui apporter plus d’ennuis, finalement, et ne lui est pas vraiment rentable car elle pouvait servir à manipuler plus sot que lui mais, à partir du moment où il se retrouve face à quelqu’un de plus malin que lui – c’est-à-dire Babbitty Lapina -, il est piégé à son tour. La ruse en elle-même n’est donc pas dévaluée en quoi que ce soit mais se confronte plutôt à une conception assez manichéenne du conte : elle a des retombées positives pour qui s’en sert à bon escient et négative pour ceux armés de mauvaises intentions. Ce n’est ainsi pas la ruse qui est jugée mais la façon et la raison de s’en servir.

     Cela nous mène naturellement au propre de tout conte : la morale. Tout comme dans « Le Sorcier au cœur velu » et dans les autres contes du recueil de Beedle le Barde, « Babbitty Lapina et la souche qui gloussait » contient une morale plus ou moins explicite – mais toujours explicitée par les commentaires d’Albus Dumbledore situés à la fin de chaque conte. Ici, la principale morale dégagée est celle des limites de la magie. Non seulement elle ne peut être enseignée et est l’apanage de ceux qui sont nés avec de la magie en eux mais en plus, elle ne peut tout faire. En effet, le roi stupide cherche, à un moment donné, à ressusciter un cadavre avec la magie qu’il pense détenir mais cela ne fonctionne pas car, comme le fait remarquer Babbitty, cela s’oppose aux lois fondamentales de la magie. Selon les commentaires de Dumbledore, c’est souvent ainsi que les jeunes sorciers, qui pensent leurs parents capables d’absolument tout, apprennent que la magie ne peut leur permettre de jouer avec la mort. La dimension pédagogique des contes est donc mise en exergue et ce conte met en garde les enfants contre un usage abusif de la magie.

      Voilà donc ma seconde analyse des Contes de Beedle le Barde achevée. N’hésitez pas à me laisser vos impressions que vous les ayez lus également ou non. Je continuerai sans doute avec un autre conte d’ici quelques temps – n’hésitez pas à me dire si vous avez des préférences ! – et on se retrouve très bientôt pour de nouvelles aventures livresques.

Publicités

3 commentaires sur “║ Beedle le Barde : Babbitty Lapina et la souche qui gloussait ║ de J.K. Rowling

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s