║ Disque-Monde 2 : Le Huitième Sortilège ║ de Terry Pratchett

Le Huitieme Sortilege

    Après avoir parlé, la semaine dernière, de La Huitième Couleur de Terry Pratchett, premier tome de sa saga Les Annales du Disque-Monde, je vous avais promis de ne pas vous faire attendre plus longtemps et d’aborder au plus vite la question du deuxième tome. C’est donc parti : parlons aujourd’hui, chers lectures, du Huitième Sortilège de Terry Pratchett. Cette saga étant l’une de mes préférées, je ne vous ferai donc pas, à chacun des articles la concernant, l’éloge de son humour et de sa fraîcheur, car cela deviendrait un peu répétitif. Je rappellerai seulement que ce tome est le seul qui doive suivre un ordre de lecture précis puisqu’il clôt l’histoire commencée avec La Huitième Couleur alors que les autres constituent chacun une histoire close sur elle-même, pensez donc bien à suivre cet ordre de lecture exceptionnel !

     Dans Le Huitième Sortilège, nous retrouvons donc Rincevent et Deuxfleurs qui sont toujours en fuite – la fuite est l’un des principes mêmes du personnage de Rincevent, il faut dire – pour échapper à la Mort, accompagnés par le fidèle Bagage sur pattes et rejoints par Cohen le Barbare, ersatz du plus célèbre tas de muscles à l’accent allemand. Cependant, le monde est en danger : une énorme étoile rouge va détruire le Disque-Monde si huit sortilèges magiques ne sont pas prononcés au plus vite mais le huitième sortilège est coincé dans la tête de Rincevent qui doit se rendre à l’Université de l’Invisible au plus vite s’il veut espérer sauver le monde.

Ligne horizontale      Rôle & individualité.

   Dans ce tome, on s’aperçoit très clairement que les personnages du Disque-Monde ont un rôle prédéfini auxquels ils sont censés s’adapter : Cohen le Barbare est le guerrier musculeux capable de défaire n’importe quel ennemi, Bethan est la jeune vierge effarouchée sauvée in extremis d’un sacrifice humain, Trymon est le mage bouffi d’ambition prêt à tout pour parvenir à ses fins…Chacun a un rôle à jouer, selon des schémas très classiques en heroic fantasy, mettant ainsi en relief la dimension très littéraire de l’œuvre : les personnages ne sont pas créés pour donner l’impression d’être réels mais répondent à des stéréotypes pour ancrer immédiatement l’histoire dans un genre littéraire dont le lecteur connaît déjà les codes et avec lesquels l’auteur pourra s’amuser grâce à cette connaissance commune préétablie.

    Néanmoins, vous vous en doutez maintenant que vous connaissez un peu Pratchett, ces stéréotypes de personnages d’heroic fantasy ne vont pas gentiment coller à leur rôle mais vont subir de petits changements pour leur imprimer une personnalité à part. Cohen est bien ce personnage sans peur et sans reproche pouvant vaincre une armée de prêtres sanguinaires à lui tout seul mais il est aussi un petit vieux couvert de rhumatismes et zozotant faute d’avoir conservé ses dents qui a passé l’âge de courir les routes mais ne sait rien faire d’autre. Bethan est jeune, vierge et jolie, certes, mais elle ne voulait certainement pas être sauvée du sacrifice : c’était son boulot que d’être une jeune et jolie vierge et il n’est franchement pas simple ! Bref, vous voyez l’idée. Les personnages ont beau correspondre à des rôles tout faits, on sent que ce n’est pas naturel et qu’ils ont, naturellement, d’autres ambitions que d’être ce pour quoi ils sont préconçus.

Ligne horizontale    Danger & perception.

   Par rapport au premier tome dans lequel Rincevent et Deuxfleurs fuyaient surtout les petits problèmes – parfois mortels, certes, mais tout de même réduits à la hauteur de quelques personnes – qu’ils se créaient eux-mêmes, cette fois-ci le danger prend de l’ampleur et se fait plus menaçant que jamais. On entre au cœur même de la définition de l’heroic fantasy : ce n’est plus un danger personnel qui talonne nos héros mais une catastrophe d’ampleur mondiale qui risque de tout détruire sur son passage et que seuls nos petits protagonistes sont aptes à empêcher. À nouveau, Pratchett joue avec le cliché pour mieux le détourner, il grossit les traits du danger de façon exponentielle pour rajouter au ridicule de la situation quand on sait que le destin du Disque-Monde entier repose sur Rincevent, celui qui ne sait que fuir, tout en conférant un caractère hautement épique aux évènements qui ont lieu. Or, cette fois-ci, Rincevent se retrouve piégé : lui qui fuit toujours plus loin pour éviter le danger ne peut fuir un danger qui menace tout le Disque-Monde. Le personnage se retrouve donc dans une situation totalement inédite où il doit faire face au danger qui l’attend, allant à l’encontre de tous ses instincts.

    Cependant, on peut s’apercevoir dans ce livre que le danger s’estime surtout par rapport à la façon dont il est perçu. L’exemple le plus troublant est celui de Deuxfleurs qui, en bon touriste, ne se sent pas concerné par l’environnement qui l’entoure, comme simple spectateur et ne se rend ainsi pas compte du danger qui peut le menacer. Ce n’est donc que lorsque Rincevent panique que nous réalisons le danger qu’a couru Deuxfleurs, tranquillement assis à apprendre à jouer aux cartes aux Cavaliers de l’Apocalypse dans la maison de la Mort. De la même manière, Rincevent ne savait pas quel danger constitue le sortilège qu’il a dans la tête tant qu’il ne l’a pas prononce : sa perception du danger est donc d’autant plus forte qu’il ne sait pas ce qui l’attend et craint le pire. Ainsi, la grande catastrophe qui menace de détruire le Disque-Monde est elle aussi question de perception : certains courent en tous sens en voyant la Mort arriver, d’autres tentent à tout prix de l’empêcher et les derniers, enfin, s’installent aux premières loges pour mieux profiter du spectacle avant de mourir. Le danger est donc réduit à la façon dont chacun réagit face à lui.

    Et voilà, c’en est fini du tome deux des Annales du Disque-Monde, les commentaires restent ouverts pour tous vos avis. N’oubliez pas que les tomes 13 (Les Petits Dieux) et 14 (Nobliaux et sorcières) vous attendent déjà. Il n’est pas impossible que je vous parle occasionnellement d’autres tomes plus tard mais ce ne sera pas pour tout de suite. Je vous retrouve donc la semaine prochaine pour un tout nouveau thème mais n’oublions pas les paroles de Michael Ende : « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

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3 commentaires sur “║ Disque-Monde 2 : Le Huitième Sortilège ║ de Terry Pratchett

    • Génial ! 😀
      De toute façon, étant donné le nombre de tomes, personne ne peut tous se les enchaîner d’un coup, il faut un peu de temps entre chaque pour apprécier ! J’espère que tu auras l’occasion de continuer bientôt^^

      Aimé par 1 personne

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