║ Frankenstein ║ de Mary Shelley

Frankenstein - Mary Shelley

     Aujourd’hui, chers lecteurs, je vais vous parler d’un grand classique de la science-fiction qu’on classe plus souvent dans le domaine du fantastique à cause des évènements nous semblant surréalistes quand on les lit aujourd’hui mais qui, à l’époque, apparaissaient comme une véritable avancée technologique possible : il s’agit bien sûr de Frankenstein de Mary Shelley. En dehors du fait qu’un savant nommé Frankenstein créait un monstre verdâtre – couleur qui n’est d’ailleurs pas attestée par le roman – à partir de bouts de cadavres et qu’il le rejetait ensuite, honte à moi, je ne savais pas grand chose de cette histoire avant d’ouvrir le livre. Finalement, c’était peut-être mieux ainsi car ça m’a permis de lire cette histoire sans a priori et d’y plonger totalement, oubliant parfois même que je savais qui était cet homme troublant nous racontant son histoire. J’ai été d’abord déroutée par le début du livre commençant par un échange épistolaire – devant être une des rares personnes à n’avoir pas aimé Les Liaisons dangereuses, je peux vous dire que j’ai beaucoup de mal avec le genre – mais nous passons vite à un récit à la première personne qui m’a littéralement captivée.

        L’histoire, en quelques mots, commence avec un certain Walton écrivant des lettres à sa sœur alors qu’il part faire une expédition au Pôle Nord pour faire une grande découverte. Mais, en chemin, il croise un homme à moitié mort de froid sur un traîneau : il s’agit de Frankenstein, qui lui raconte ses malheurs pour lui éviter dans le même piège que lui. En effet, voulant absolument faire une découverte scientifique majeure, Frankenstein a créé un monstre auquel il a donné la vie. Cependant, celui-ci se révèle terrifiant, dangereux et Frankenstein voit sa vie ruinée en essayant de l’arrêter.

Ligne horizontale        Monstruosité & candeur.

      Nous le savons tous, même avant d’avoir lu le livre, c’est un fait suffisamment démocratisé : Frankenstein a créé un monstre. Dans le livre, cela va même plus loin puisque la créature, souvent nommée « démon » par son créateur, a l’apparence la plus monstrueuse qu’il soit possible d’imaginer ; une apparence tellement horrible que personne n’est capable d’en soutenir le regard, qu’elle provoque la peur, la rage ou l’évanouissement. Ainsi, la monstruosité physique de la créature est poussée à son extrême mais laisse aussi supposer aux personnes qui la voient un caractère monstrueux. Les deux semblent liés dans l’œuvre : la vision d’horreur que provoque la créature est aussitôt suivie par la conclusion qu’elle doit être démoniaque et donc vouloir provoquer le mal autour d’elle. La monstruosité physique impliquerait inévitablement une monstruosité morale. Pourtant, Frankenstein qui, lui, n’a rien de particulièrement repoussant physiquement, en vient à se considérer lui-même comme monstrueux pour avoir donné la vie à cet être inhumain. On a là une ambiguïté de la monstruosité qui est très bien mise en exergue par l’auteure : il ne faut pas confondre l’apparence avec les actes.

       Néanmoins, lorsque nous rencontrons enfin réellement le monstre après une longue attente – celui-ci apparaît environ à la moitié du roman, après qu’on ait eu le temps de bien faire monter l’expectative -, on s’aperçoit que celui-ci semble bien loin du portrait monstrueux que Frankenstein nous avait laissé nous figurer. Tout au contraire, la créature est d’abord présenté sous une forme d’extrême candeur : elle est comme un nouveau né qui découvre la vie, le monde, avec l’émerveillement d’yeux tout neufs, recherchant la douceur et l’affection d’une famille pouvant l’aimer. Il n’est donc pas venu à la vie mauvais et monstrueux comme on le présumait jusqu’alors mais est né – si l’on peut utiliser ce terme – à l’égal d’un être humain, avec un caractère neutre, voire même porté vers le bien. Ce n’est en rien une prédisposition qui l’a porté à être monstrueux, c’est la société qui a fait de lui ce qu’il est devenu.

Ligne horizontale        Solitude & enchâssements.

      Le trait dominant de l’histoire de la créature – difficile de parler sans cesse d’un personnage qui n’a pas de nom – est son grand sentiment de solitude. Violemment rejetée par les humains qui le voient comme un dangereux démon, repoussée par son propre créateur, la créature s’aperçoit vite qu’il n’est pas comme les gens qu’il croise et qu’il n’existe personne lui ressemblant. Il se retrouve donc obligé de se cacher, de se terrer dans des coins obscurs, de ne sortir que la nuit et ne peut qu’observer les gens en cachette. Il éprouve ainsi très vite une grande solitude : lui aussi a besoin de ces gestes d’affection et de ces marques d’intérêt qu’il voit prodigués aux autres. Mis au ban de la société, la créature ne peut supporter son exclusion. Frankenstein, quant à lui, vit également une certaine forme de solitude mais elle est différente en bien des points. Tout d’abord, il décide de s’isoler par lui-même pour mener à bien ses recherches, totalement absorbé par l’avancée scientifique qu’il compte apporter au monde. Puis, cet enthousiasme passé, il a besoin de solitude pour essayer de retrouver la paix, pour oublier le dégoût qu’il s’inspire lui-même. Mais cette solitude n’a rien à voir avec celle du monstre en ce qu’elle est choisie – plus ou moins volontairement, certes – par Frankenstein et surtout, quoi qu’il fasse, Frankenstein a des gens qui l’aiment prêts à veiller sur lui et à l’accueillir chaleureusement dès qu’il ressent un besoin de d’affection. Ce dont est justement privée sa créature et ce qui la rend folle.

     Pourtant, malgré son extrême différence qui est cause de cette solitude, on se rend compte que le monstre partage un certain nombre de points communs avec les autres personnages du roman et cela est mis en valeur par la construction du récit. En effet, à plusieurs reprises, des récits sont enchâssés dans la narration, toujours à la première personne. Nous commençons avec Walton, qui nous raconte son récit de voyage, dans lequel il insère le récit de Frankenstein qui lui raconte sa vie en guise de contre-exemple, il insère ensuite lui-même le récit de sa créature lui narrant ses pauvres aventures et enfin, le monstre lui-même nous rapporte l’histoire d’une jeune femme qu’il a pu observer durant ses pérégrinations. Ainsi, chaque récit est enchâssé dans l’autre et sert ainsi d’exemple ou de contre-exemple aux autres destinées. Frankenstein annonce clairement qu’il raconte son histoire à Walton pour lui éviter d’être, comme lui, consumé par l’ambition ; la créature narre sa vie à Frankenstein pour lui démontrer qu’elle est loin d’être plus monstrueuse que Frankenstein lui-même ; la vie de la jeune femme, Safie, sert à prouver la valeur de la bonté humaine et de l’amour, deux choses que recherche frénétiquement la créature. Des parallèles sont ainsi possibles, les récits sont intimement liés les uns aux autres et apprennent chacun de nouvelles choses, autant au lecteur qui a ainsi accès à une vision différente des personnages qu’aux personnages eux-mêmes qui peuvent tirer un enseignement de cette expérience d’autrui.

     C’était donc mon avis sur Frankenstein de Mary Shelley, un livre que j’ai pris énormément de plaisir à dévorer – oui, à ce stade-là, ce n’est même plus juste lire ! – et que j’espère vous voir découvrir au plus vite si ce n’est pas encore le cas. Les commentaires sont, comme toujours, ouverts à tous vos avis et je vous dis à bientôt pour un nouveau papier mais, vous le savez désormais encore mieux que moi : « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

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7 commentaires sur “║ Frankenstein ║ de Mary Shelley

  1. J’avais consacré une semaine thématique sur mon blog avant les vacances de Noël. 🙂 Nous avons d’ailleurs la même édition à ce qu’il semble.
    De mon côté, j’ai également été déroutée par le début en épistolaire, mais à cette époque on aimait bien donné un air de récit rapporté à la fiction pour lui donner un air crédible. C’est vrai que de nos jours ça parait très bizarre. Je dirais que j’ai trouvé le livre intéressant mais qu’il m’a quand même rendu triste.

    Aimé par 1 personne

    • Oui, une amie m’a fait la même réflexion sur ce récit rapporté ! Mais finalement, le passage a un récit qui nous fait oublier le coté épistolaire m’a fait adorer le format^^
      Oui, la fin reste triste, ça laisse surtout une immense sensation de gâchis, j’ai l’impression : tout aurait tellement pu mieux se passer selon les réactions de chacun !

      Aimé par 2 people

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