║ Les Salauds Gentilshommes 2 ║ de Scott Lynch

Les Salauds Genstilhommes 2

     Aujourd’hui, chers lecteurs, je vous propose de nous intéresser de plus près à une série dont nous avions déjà parlé à propos de son tome 1, Les Mensonges de Locke Lamora, il s’agit bien entendu des Salauds Gentilshommes. Nous revenant avec un deuxième tome – sur sept de prévus – intitulé Des Horizons rouge sang, notre petite bande de voleurs bien affaiblie n’a pourtant pas fini de nous dévoiler ses secrets, loin s’en faut !

     Après une fin de premier tome assez désastreuse pour les Salauds Gentilshommes – je ne vous conseille donc pas de lire cette critique si vous n’avez pas au moins lu le tome 1 pour éviter toute possibilité de spoil -, Locke et Jean se retrouvent désormais seuls et en fuite mais non moins plein de nouvelles idées pour arnaquer les plus riches. Obligés de quitter Camorr, ils se retrouvent donc exilés sur la « petite » île de Tal Verrar où se réunit la grande bourgeoisie pour se complaire dans les jeux d’argent, ce qui leur inspire bien évidement une grande escroquerie de leur cru. Cependant, avant qu’ils puissent parvenir à leurs fins, les Mages Esclaves les retrouvent et les lancent dans une querelle politique qui vont les envoyer bien loin des côtes de Tal Verrar : en pleine mer, au milieu des redoutables pirates.

Ligne horizontale     Dépaysement & renversement.

     Quand la totalité de l’intrigue du premier tome se centrait à Camorr – on apprenait, tout au plus, que les Salauds Gentilshommes avaient voyagé pour leur apprentissage, mais ça ne nous sortait guère vraiment de la ville des voleurs -, le second tome est bien obligé de s’en éloigner pour permettre à nos héros de survivre alors qu’ils ont un nombre assez impressionnant d’ennemis aux trousses. Ainsi, Lynch nous permet de découvrir une partie un peu plus substantielle de son univers en changeant radicalement de paysage. De la grande ville cosmopolite et véreuse jusqu’au la moelle, on passe à l’île qui ressemble fort à un lieu de villégiature pour personnes aisées. On s’aperçoit certes assez vite que les Gens Biens prennent seulement une forme différente ici mais le fait est que Tal Verrar est en bien des points très éloignée du Camorr auquel on s’était habitués. Or, Tal Verrar n’est pas le lieu unique de cette intrigue ; en effet, Locke et Jean prennent bien vite la mer, voient défiler de nombreux paysages et l’auteur semble prendre ici un réel plaisir à nous décrire – parfois de manière assez sommaire mais pourtant suffisante pour qu’on se le représente – différentes patries de son univers, des lieux divers et variés, aux mœurs, aux coutumes et aux paysages uniques. Bref, quand le premier tome était centré sur une ville, une seule, le deuxième voit l’expansion d’un univers touffu – étrange adjectif, mais je l’assumerai jusqu’au bout ! – et rafraîchissant.

     Cependant, ce dépaysement ne se mène pas sans mal. Locke et Jean qui avaient l’habitude d’être aux commandes, l’habitude d’être ceux qui manipulaient les autres, se retrouvent cette fois projetés dans une situation qu’ils ne maîtrisent en rien manipulés de toutes parts. Le renversement de situation est donc total et ces cadors de l’improvisation n’ont plus d’autre choix que de s’adapter et de faire avec les cartes qu’on leur donne. Pourtant, là où on avait l’habitude de voir Locke en chef de bande, on découvre cette fois un Locke passablement démuni – parce que bon, l’escroquerie de haut vol et la piraterie, ce n’est quand même pas tout à fait la même chose – mais qui n’est pas vraiment prêt à se départir de ses habitudes et qui tentera de conserver sa superbe. Les lieux, les positions, les intrigues, tout est bouleversé et les personnages n’ont plus qu’à s’accommoder de ces changements – à leur manière, bien sûr – ; ce qui les fait inévitablement évoluer et qui ajoute donc une nouvelle profondeur à ces personnages déjà si attachants.

Ligne horizontale     Piraterie & avenir.

    La couleur, très violente, qui apparaît dès le titre, ce fameux « rouge sang », semble vouloir faire directement allusion à ces pirates qui vont occuper une grande partie du roman. En effet, en dehors du thème même de l' »horizon », très présent en navigation, on sent une connotation de violence avec cette allusion sanguine. Or, quoi de plus violent qu’un pirate en pleine mer – bon, il doit y avoir des choses plus violentes, ok, mais les pirates et le sang, c’est quand même lié ! – ? Ainsi, c’est un tout nouvel univers qui s’ouvre à nous, un univers que nos deux héros ne connaissent pas plus que nous et dans lequel nous allons être propulsés avec eux pour le découvrir et apprendre ses codes ensemble. La thématique du premier tome est donc totalement renouvelée : des escroqueries de haut vol, on passe aux pillages en pleine mer. Bien sûr, il reste ce lien commun du banditisme, de cette activité illégale consistant à voler aux plus riches, mais en dehors de cela, l’éducation de Locke et Jean ne leur est plus d’aucune utilité alors qu’on voyait, dans le premier tome, qu’elle avait été toute entière tournée vers leur future activité de voleurs. Seules les capacités exceptionnelles de Jean au combat se révèlent encore utiles, la ruse de Locke ou leurs talents de comédiens, ce qui les rendaient au final si exceptionnels dans le premier tome, expriment ici leurs limites pour laisser place à de nouvelles spécifications.

     L’avenir est une question récurrente de ce tome. En effet, le premier tome ayant décimé une grande partie de la bande des Salauds Gentilshommes, la question se posait sur ce qu’il allait bien pouvoir advenir de nos deux petits comparses – car il est tout de même assez difficile de se qualifier de « bande » lorsque l’on est deux. Quels « horizons » – héhé, clin d’œil ultra-discret au titre ! – peuvent donc espérer Locke et Jean dans ces circonstances ? Si le début du tome nous laisse supposer que leur choix est de continuer leur petit bonhomme de chemin comme avant, reprenant leurs arnaques habituelles – en y ajoutant, bien sûr, toujours plus de grandeur -, l’auteur ne semble pas décidé à laisser les choses aller aussi facilement et le retournement de situation qui arrive bien vite envoie nos deux héros bien loin de leurs terrains connus – les envoie découvrir de nouveaux horizons, oserais-je dire ! La menace de mort planant sur les deux personnages vient bouleverser leur avenir, tout comme les diverses intrigues auxquelles ils sont mêlés. Ainsi, nous en venons presque à oublier l’intrigue première, suivant les personnages sur ces nouveaux horizons qui semblent vouloir les arracher à leur passé pour leur ouvrir un nouvel avenir.

     Le deuxième tome des Salauds Gentilshommes, vous l’aurez compris, est tout aussi bon que le premier – je lui mettrais peut-être 0.1 point de moins sur 10 à cause de l’effet de nouveauté qui se dissipe un peu par rapport au premier qui m’avait vraiment surprise. On en suit l’histoire avec délectation, les ressorts qui nous plaisaient dans le premier fonctionnent toujours aussi bien mais le livre ne se repose pas que sur ses acquis et cherche à se renouveler en abordant de nouveaux thèmes. À lire si ce n’est déjà fait, donc ! Comme toujours, vos avis divers et variés sont les bienvenus en commentaire et je vous dis à bientôt pour un nouvel article – peut-être le tome 3, qui sait ? – mais, comme l’a écrit un certain allemand de ma connaissance, « ceci est une autre histoire, quoi sera contée une autre fois ».

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