║ Sa Majesté des mouches ║ de William Golding

Sa Majesté des mouches

     Je vous parlais l’autre jour, chers lecteurs, du fameux cochon grillé de Sa Majesté des mouches dans un « 8 idées » consacré aux recettes inspirées de livre et cela ma donné envie de me pencher, aujourd’hui, sur ce roman de William Golding que j’ai adoré voilà des années et qui fait partie de la liste des 100 livres à avoir lus dans sa vie. Fort, violent, plein d’action mais surtout, terriblement réaliste, Sa Majesté des mouches est bourré de symbolisme a différents niveaux de lecture en fonction de l’attention qu’on lui porte et mérite vraiment qu’on s’y intéresse de plus près. Sa critique sociétale me fait beaucoup penser à celle de La Ferme des animaux de George Orwell – dites-moi si ça vous dit qu’on parle de ce livre-là un de ces quatre aussi, d’ailleurs ! -, tout en étant plus largement accessible pour tous – en même temps, La Ferme des animaux critique surtout un système politique, ce qui demande forcément des références plus  historiques et moins accessibles.

        Lors d’un voyage en avion, une bande de jeunes garçons anglais est victime d’un crash au milieu de l’océan. Ils trouvent alors refuge sur une petite île perdue et inhabitée, sans le moindre adulte pour leur venir en aide. Ils doivent donc s’organiser par eux-mêmes pour survivre et, peut-être, recréer un semblant de société.

Ligne horizontale        Enfants & société.

       Sa Majesté des mouches choisit donc comme héros des enfants uniquement et cela apporte ainsi une dimension toute autre au roman. En effet, en plus d’y gagner de pouvoir s’adresser plus directement à un public jeunesse – bien que, personnellement, je l’ai toujours trouvé trop violent pour être étudié en collège comme il l’est souvent – grâce à une identification simplifiée, les enfants-héros offrent aussi un point de vue différent sur le monde. Quand des adultes auraient pu faire preuve de plus de retenue et sûrement tenté une évasion de cette île, les enfants, eux, se résignent à leur sort et succombent ainsi plus vite à leurs mauvais penchants. On a donc une évolution beaucoup plus rapide des enfants, qui oublient très vite la civilisation pour revenir à une sorte d’état de nature, plus vite qu’avec des adultes, qui sont plus attachés aux règles de vie qui leur sont dictées depuis plus longtemps. L’enfance est le moment où les caractères, pas encore complètement formés, se révèlent et l’île déserte permet cette révélation, faisant ressortir les leaders naturels et écrasant ceux qui ne sont pas fait pour s’imposer.

       Grâce à ces différents caractères qui s’affirment, une sorte de micro-société s’instaure sur l’île, mimée par les enfants sur le modèle qu’ils ont vu jouer par les adultes. Et pour cela, les personnages sont équipés de symboles permettant de refléter ce qui fonde la société humaine : on a Ralph, le grand meneur, qui use de sa conque pour réunir les enfants et leur apporter la communication ; on a Porcinet, l’intello grassouillet, qui, paré de ses lunettes, est l’image du savoir, de la connaissance, lui permettant d’offrir le feu aux garçons perdus ; on a Simon, la sagesse incarnée, qui tente d’user de preuves pour faire jour sur le mystère du « monstre » qui effraye les enfants ; et enfin, on a la masse indistincte des enfants qui, par son simple nombre, décide du parti à suivre, représentant la majorité du peuple, anonyme mais puissante. Avec cela, les enfants ont donc de quoi recréer une société stable et civilisée dans laquelle chacun pourrait s’épanouir.

Ligne horizontale        Sauvagerie & religion.

       Cependant, si les vertus des Hommes sont représentées, il en va de même pour leurs travers. On a ainsi Jack, le chef naturel, charismatique qui symbolise la force guerrière et Roger, un garçon sadique et vicieux qui représente toute la brutalité dont peuvent faire preuve les Hommes. La majorité qui doit choisir est donc balloté entre ces deux extrêmes : la civilisation représentée par le trio Ralph-Procinet-Simon et la sauvagerie incarnée par le duo Jack-Roger. La violence l’emporte donc parfois – voire souvent -, malgré la société paisible qu’ils auraient pu former. On  sent ici une claire opposition à la thèse de Rousseau comme quoi l’Homme est bon par nature et corrompu par la société – cf. son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes disponible en ligne – : ici, on part avec des enfants – qui n’ont donc pas encore eu le temps d’être totalement intégrés à la société – qui, se retrouvant à l’état sauvage, retournent à un état primitif qui est loin d’être bon. Bien au contraire, William Golding semble plutôt suggérer ici que l’Homme est profondément mauvais par nature, ce qu’on peut voir dès que les enfants délaissent la civilisation en faveur de leurs instincts qui les font commettre les pires actes, allant jusqu’au meurtre.

       La religion, enfin, prépondérante dans toute société, fait son apparition assez vite sur l’île dans cette fameuse figure qui donne son titre au roman : la tête d’un cochon qu’ils ont capturé pour sa viande, fièrement embrochée au bout d’une pique, qui attire les mouches du fait de sa décomposition, et que les enfants se prennent à révérer comme une figure divine. Après les avoir terrorisés pendant un bon moment, ce « monstre » comme ils l’appellent, est terrassé par la violence des enfants et leur permet de faire enfin un bon repas pour survivre dans cette nature hostile. En faire une idole vénérée après sa mort est donc un symbole de la victoire de la violence, la monstruosité ayant changé d’aspect pour rejaillir sur les enfants perdus.

     Voilà donc ma – toute – petite analyse de Sa Majesté des mouches de William Golding. Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire dessus – et beaucoup l’ont déjà fait, d’ailleurs – mais c’est ce qui m’a le plus marquée à la lecture de ce livre, que je vous recommande vivement tant il est fort et prenant. Que vous l’ayez déjà lu ou non, aimé ou non, vos avis sont toujours les bienvenus en commentaires. Et je vous dis à très bientôt pour un nouveau petit papier mais, comme Michael Ende, l’a écrit : « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

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11 commentaires sur “║ Sa Majesté des mouches ║ de William Golding

  1. J’ai lu ce livre il y a très très longtemps…. je devais être au collège quand je l’ai lu en fait… et je n’en ai pas un super bon souvenir. Je me souviens qu’il m’avait fait peur et m’avait un peu dégoutée, j’avais dû le lire en 2 fois je crois bien. Avec ton analyse, je me rends compte que c’est sans doute dû au parti pris de l’auteur de faire l’être humain foncièrement mauvais par nature…. Je pense qu’il serait bon que je le relise avec mes yeux d’adulte à présent 🙂

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    • Ah, je te comprends totalement : ce livre est clairement effrayant pour un « jeune » public et je ne comprends vraiment pas qu’on le propose au collège. Je l’ai lu beaucoup plus tard (fin lycée-début fac, un truc comme ça) mais, à défaut d’être effrayée; j’avais moi aussi été clairement dégoûtée par certaines scènes, le pugilat notamment, et j’avais été vraiment surprise de l’avoir trouvé dans le rayon « jeunesse » de la Fnac, au milieu des romans 8-10ans !
      Enfin, si tu as l’occasion de le relire, j’espère que tu l’apprécieras davantage en tout cas^^

      Aimé par 1 personne

    • Et bien mon édition était même en Folio Junior donc voilà… mais tu as raison, je pense que ce livre peut être lu par des jeunes à condition qu’il y ait une discussion/analyse avec eux sur le contenue ensuite.

      Aimé par 1 personne

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