║ Les Dragons de la cité rouge ║ d’Erik Wietzel

Les Dragons de la cité rouge

        Aujourd’hui, chers lecteurs, je vous propose de parler d’un one shot, fait plutôt rare en fantasy adulte, qui m’a permis de découvrir un auteur dont je parcourrais volontiers davantage les univers : Les Dragons de la Cité rouge d’Erik Wietzel. J’avais gagné, voilà quelques mois, ce livre via un concours et je m’y étais plongée avec délectation ; ce fût donc un grand plaisir pour moi de pouvoir rencontrer son auteur au salon du livre jeunesse de Montreuil afin de faire dédicacer mon humble exemplaire. Par la même occasion, j’ai pu discuter avec un personnage très sympathique, qui m’a appris qu’une BD allait être adaptée de ce roman début 2016. La bande dessinée est sortie, je ne suis pas certaine d’être fan du style de dessin – il faudra que j’aille voir ça de plus près – mais l’histoire, elle, ne perd rien de sa splendeur.

         Alors que le prince héritier de Redfelt a été enlevé en échange d’une rançon, les émissaires chargés de procéder à l’échange ont disparu. Or, ils convoyaient comme rançon une épée magique supposée renfermer la puissance des dragons qui pourraient causer beaucoup de dégâts. Éline, reine de Redfelt, ne voit alors qu’un seul héros susceptible de lui venir en aide : Alec Deraan, son ancien amant, qui,  accompagné de son fidèle ami le dragon Arkhan et protégé par un pacte magique le liant à Shen Sey, une redoutable succube, se lance sur la trace de l’héritier et de sa rançon.
Ligne horizontale    Clichés & nouveautés.

    Autant le dire tout de suite : Les Dragons de la cité rouge ne révolutionne pas l’univers de l’heroïc fantasy. Usant de nombreux clichés et de motifs récurrents du genre, on a l’histoire d’une quête, d’un aller et d’un retour – Tolkien l’a fait 50 ans plus tôt, oui – ainsi que des situations et des personnages qui relèvent plutôt du déjà vu. Ainsi, Erik Wietzel s’inscrit dans un héritage bien connu du lecteur et l’entraîne plus facilement dans un univers nouveau dont les codes, bien que différents des nôtres, nous sont bien souvent familiers grâce à nos lectures précédentes. La cité est médiévale, le pays est sous le joug de la royauté, le dragon est un formidable combattant mais aussi d’une grande sagesse, la demoiselle en détresse est sauvée de son cheval qui s’emballe par un charmant homme, l’héritier de la couronne disparu révèle des ressources insoupçonnées… Autant de choses qui permettent à l’auteur de tracer son histoire en quelques mots et qui feront suffisamment écho au lecteur pour qu’il n’y ait pas besoin d’en dire plus. Néanmoins, cela empiète aussi sur l’originalité de l’histoire ; il faut donc à ce roman trouver le juste équilibre entre réutilisation de motifs connus et originalité propre.

     Cependant, même si Erik Wietzel reprend un certain nombre des basiques de la fantasy pour ancrer son récit dans un univers qui parlera aussitôt à tous les adeptes du genre, il ne se contente pas de réchauffer des choses déjà faites sans apporter sa touche d’originalité. Les Dragons de la cité rouge lui permet aussi d’introduire des thèmes qui s’éloignent foncièrement des plus grands modèles que l’on connaît en fantasy. Les personnages, notamment, au sombre passé, qui peuvent être héroïques sans être tous blancs pour autant – n’est-ce pas Gandalf ? – rompent avec le manichéisme d’autrefois. Dans ce domaine, j’ai tout particulièrement aimé le personnage de Shen Sey, le succube qui a passé un pacte avec notre héros pour le protéger chaque fois qu’il le souhaitait en échange de ses faveurs sexuelles exclusives. Le succube est sans doute un être fantastique assez récurrent dans la fantasy érotique mais, pour moi qui n’en suis pas lectrice, c’était un type de personnage que je n’avais jamais vu en scène et il est intéressant de lui conférer un peu plus d’épaisseur. Entourée d’une aura de mystère, démoniaque mais tourmentée, on voit que Shen Sey cache de nombreux secrets et n’est pas réduite à une pâle image de façade.

Ligne horizontale     Duos & suite.

     Le roman est très fortement marqué par le chiffre deux : conséquence peut-être du pacte passé entre Alec et Shen Sey, qui interdit au jeune homme de construire une relation tierce, le fait est que les personnages fonctionnent souvent en duos. Au-delà de ce pacte, on a tout d’abord, bien sûr, Alec et Arkhan, le dragon qui l’accompagne partout et qui sonne comme la voix de la sagesse pour lui ; on a également le duo Alec-Éline, la reine, son ancienne amante, qui appartient donc au passé. Et finalement, le seul moment où Alec cherche à sortir de ce schéma, en se liant avec une jeune femme nommée Jade tout en permettant à Arkhan de rencontrer l’une de ses condisciples, Jade se retrouve tuée, rattrapée par la malédiction qui le poursuit et la loi des duos est rétablie. Ce pacte, presque faustien, entérine irrémédiablement cette obligation du chiffe deux et n’admet aucune exception. Cela enferme totalement le personnage dans un schéma qui ne lui permet aucun espoir de changement et qui aide ainsi à clore l’histoire sur elle-même, le héros ne pouvant espérer mieux que de revenir à son état de départ.

     Le plus gros reproche que l’on pourra faire à ce roman concerne justement ce qui faisait sa plus grande originalité : il s’agit d’un one-shot, ce qui n’est pas si courant en fantasy, genre plutôt adepte des sagas et qui a son intérêt quand on veut se faire une lecture légère et ne pas se lancer dans une histoire interminable mais on comprend aussi ici tout l’intérêt qu’a la saga. En effet, la saga permet de s’étendre davantage sur l’univers créé, d’imprimer une culture à chaque pays inventé, d’approfondir les caractères de chaque personnage important, de s’attarder sur l’univers que l’on découvre. Dans Les Dragons de la cité rouge, on découvre bien un univers qui paraît intéressant, avec ses propres traditions et coutumes, on a bien quelques personnages creusés comme Alec et Shen Sey, mais on a un certain nombre de lacunes, qui prouve que ce roman aurait eu tout intérêt à s’insérer dans une saga, comme le mystère sur le passé de Shen Sey, qui n’est pas résolu et la couleur locale trop peu prononcée des lieux traversés. À la fin de ce livre, on a une sensation persistante d’inachevé qui nous fait en vouloir plus.

     Les Dragons de la cité rouge est donc un bon one-shot que je vous recommande volontiers pour découvrir la fantasy et le style d’Erik Wietzel mais dont je ne vous conseillerai pas d’attendre une innovation folle pour le genre. C’est une lecture très agréable, qui propose des idées fraîches et intéressantes, qu’on rêverait de voir creusées davantage dans une suite – Monsieur Wietzel, si vous passez par là ! -, preuve s’il en faut que l’histoire nous a plu, n’est-ce pas ? Comme toujours, vos commentaires sont les bienvenus et moi je vous dis à bientôt mais « ceci, Michael Ende nous l’a dit, est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

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3 commentaires sur “║ Les Dragons de la cité rouge ║ d’Erik Wietzel

  1. Je ne connaissais pas du tout mais ce livre a l’air génial. En plus un one-shot en fantasy c’est tellement rare que ça mérite au moins d’y jeter un coup d’œil ^^

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