Découvrons… ║ Barbe bleue ║ d’Amélie Nothomb

Barbe bleue

     Après avoir adoré La Métaphysique des tubes et trouvé plutôt agréable le Robert des noms propres, je partais avec un a priori assez positif pour ma lecture de Barbe bleue d’Amélie Nothomb. L’auteure belge a un univers bien à elle, plutôt décalé, et un style particulier que l’on retrouve aisément dans ses différents romans. Ainsi, je n’ai pas été surprise par l’étrangeté de l’histoire et suis plutôt bien rentrée dans ce court roman qui revisite, à sa façon, le mythe de Barbe bleue. Et je précise bien « à sa façon » car, n’eût été le titre, je ne suis pas sûre que j’aurais fait le rapprochement de moi-même, entre le célèbre pirate et l’aristocrate moderne adepte des colocations.

      L’histoire adopte le point de vue de Saturnine, jeune belge débarquée à Paris qui a besoin d’un logement peu cher : elle trouve son bonheur dans une colocation, proposée par Don Elemirio, aristocrate fortuné, qui fait cela dans l’intention de rencontrer des jeunes femmes sans sortir de chez lui. D’étranges rumeurs circulent sur Don Elemirio, dont toutes les anciennes colocataires ont mystérieusement disparu, mais Saturnine refuse de se laisser impressionner et fait face à cet homme tout en refusant de succomber à son charme.

Ligne horizontale        L’amour & la mort.

     Dans ce roman, on a une conception très particulière de l’amour. En effet, Don Elemirio refuse de sortir de chez lui car il abhorre toute interaction sociale mais ressent tout de même le besoin de contact avec des femmes et propose ainsi l’une de ses chambres en colocation pour pouvoir les rencontrer. On a donc, tout de suite, une dualité dans le personnage qui n’aime pas la société mais ne peut tout de même pas s’en passer totalement. Et cette dualité persiste également dans son rapport à l’amour puisqu’il peut tomber amoureux fou d’une femme en quelques heures seulement mais continuer à ne pas lui faire confiance et ne pas regretter sa disparition. Il aime totalement mais ne pardonne pas le moindre défaut – ici, c’est surtout la curiosité qui est pointée, qu’il teste en plaçant sous leur nez une sorte de boîte de Pandore moderne – tandis que Saturnine essaye de lui faire comprendre que placer la femme sur un piédestal n’est pas juste et que pour aimer, il faut protéger l’objet de cet amour, y compris de ses propres vices. Pourtant, elle lui fait cette leçon tout en affirmant n’avoir jamais été amoureuse. Ainsi, on a deux points de vue radicalement opposés sur cette question, qui s’affrontent tout au long du roman jusqu’à s’influencer l’un l’autre.

       La mort, ensuite, est également une question paradoxale dans Barbe bleue.  En effet, plutôt que de signifier la fin, dans ce roman, la mort semble signer un pacte avec l’éternité : c’est ce qui permet à Don Elemirio de rendre ses amantes immortelles et parfaites, puisque désormais exemptes de tout défaut. De nouveau, Saturnine est celle qui apporte un point de vue plus sain et plus proche de la norme sur la question mais, une fois de plus, elle parle sans avoir l’expérience de ce qu’elle avance, contrairement à son interlocuteur. Ainsi, on a affaire à un raisonnement déviant mais logique et argumenté basé sur des preuves quand celui de Saturnine repose sur l’expérience commune, les mœurs inculquées par la société mais qui peine à être expliqué rationnellement. Cela permet à l’auteure d’instaurer une tension dans un débat qui, dans d’autres circonstances, semblerait réglé d’avance mais qui, ici, subsiste au-delà du livre en laissant une forme d’incertitude planer sur sa conclusion forcément morbide.

Ligne horizontale        En bref :

        Barbe bleue est un roman agréable à lire, qui réactualise un mythe bien connu et en propose sa propre justification. Les thèmes abordés sont intéressants et bien traités, ils ont de quoi captiver le lecteur sur la petite centaine de pages que fait le roman mais je pense que l’auteure ne prend pas beaucoup de risques avec ce livre. En effet, celui-ci s’éloigne de ce à quoi nous sommes habitués par son ton décalé mais il me semble aussi, en cela, très proche des autres romans d’Amélie Nothomb que j’ai lu ou dont j’ai pu entendre parler. Je pense que lire un Nothomb, occasionnellement, est quelque chose de très plaisant mais que s’attarder sur sa bibliographie doit assez vite devenir redondant. Donc je vous enjoins volontiers à lire ce livre si vous aimez son style et voulez vous faire un après-midi cocooning, ne vous attendez cependant pas à une grande innovation quand aux thèmes usuels de l’auteure si vous y êtes déjà habitués.

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17 commentaires sur “Découvrons… ║ Barbe bleue ║ d’Amélie Nothomb

    • C’est vrai que la fin est très abrupte ! Sur le coup, ça m’a surprise aussi mais en y repensant, cela ne me dérange pas plus que ça car je trouve que tout était dit, en fait. Un ajout supplémentaire aurait été, à mon sens, du remplissage^^

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  1. Dans l’ensemble j’avais bien aimé ce livre mais j’avoue que ce n’est plus comme avant. Je trouve que désormais Amélie expédie un peu son lectur directement à la fin et j’ai tendance a rester sur ma faim.

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  2. Je n’ai encore rien lu d’Amélie Nothomb, j’avoue que je crains un peu d’entrer dans son univers particulier ^^J’avais hésité à lire Barbe bleue quand je cherchais une réécriture de conte, et puis finalement j’avais opté pour les Chroniques lunaires, plus sympathique !

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    • C’est à tester, c’est court et pas trop prise de tête (léger, d’une certaine façon, même si le thème est un peu particulier !) ; je pense qu’il n’y a pas grand chose à y perdre si tu as l’occasion d’essayer^^

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  3. J’ai de nombreux Nothomb dans ma PAL, il faudrait que je les lise, mais comme tu dis, c’est assez redondant malheureusement. Comme si le fait d’être toujours décalée devenait… normal ? Celui-ci est dans ma PAL aussi, et je pense que je vais les dégager au fur et à mesure des week-end à mille, ils se prêtent bien au jeu 🙂

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  4. J’ai beaucoup hésité quand j »ai vu Barbe Bleu en librairie et finalement je ne l’ai pas acheté, mais ta chronique m’a donné bien envie de le lire. Je suis tout à fait d’accord quand tu dis qu’un Amélie Nothomb de temps en temps c’est pas mal mais trop souvent ça doit être redondant.
    Si tu aime le côté décalé je te conseil Peplum de cet auteur. J’ai adoré ce livre totalement barré.

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