║ A comme Association 1 à 4 ║ de L’Homme et Bottero

A comme Association

     Aujourd’hui, chers lecteurs, je vous propose de parler d’une saga qui m’a longtemps fait hésiter. Non parce qu’elle me laissait sceptique – bien au contraire, j’ai été séduite dès le premier tome – mais plutôt parce que je ne savais comment découper mes articles : ces livres jeunesse étant plutôt courts et tournant beaucoup autour des mêmes thèmes, écrire un article par tome signifiait prendre le risque de se répéter ou de se retrouver avec des articles un peu stériles tandis qu’écrire un article sur toute la saga – huit tomes d’un coup, tout de même – me paraissait trop peu, m’obligeant sûrement à laisser des thèmes intéressants de côté. Je profite donc d’être arrivée à mi-parcours de cette série pour vous parler des quatre premiers tomes d’A comme Association. L’originalité de cette saga est que les tomes sont écrits en alternance par deux auteurs – les tomes 1 et 3 par Erik L’Homme ; les tomes 2 et 4 par Pierre Bottero -, suivant chacun un personnage narrateur au tempérament bien opposés : Jasper, un jeune magicien mal dans sa peau, maladroit avec les filles, mais extrêmement doué pour les arts occultes du côté d’Erik L’Homme et Ombe, une jeune femme au physique renversant qui n’hésite pas à en jouer, au corps (presque) incassable et beaucoup plus à l’aise pour la baston que pour la réflexion.

     Jasper et Ombe travaillent tous deux pour l’Association, une organisation chargée de gérer tous les êtres mythiques – loups-garous, vampires, trolls et autres joyeusetés du genre – en toute discrétion car ils doivent rester inconnus du commun de la population humaine. Pour cela, nos deux agents stagiaires doivent mener l’enquête. Dans ces quatre premiers tomes, un inquiétant trafic s’organise : des loups-garous et des vampires collaborent pour diffuser une drogue nouvelle et dangereuse mais d’autres personnes encore en ont après Ombe et Jasper, dont la vie s’avère bien plus risquée que ne le laisseraient penser leurs identités officielles d’étudiante et de lycéen.

Ligne horizontale        Corps & esprit.

       Vous l’aurez compris, les deux personnages créés par Erik L’Homme et Pierre Bottero sont singulièrement opposés. Et justement, ils marquent cette division fondamentale qui oppose le corps à l’esprit. Le corps est l’affaire d’Ombe : à l’aise avec son physique, elle sait qu’elle plaît et en joue volontiers, avoue elle-même préférer la baston à la réflexion et a un pouvoir entièrement porté sur le corps puisqu’elle est presque « incassable », c’est-à-dire qu’elle possède un corps extrêmement résistant à toute agression extérieure (froid, maladie, coups, etc.). Cette prédisposition lui a même très probablement sauvé la vie car on apprend vite qu’Ombe est orpheline et a été retrouvée, tout bébé, abandonnée dans la neige des grands espaces canadiens, échappant sans doute aux affres du froid grâce à sa faculté si spéciale. Cette faculté s’illustre aussi dans la carapace qu’elle se créé : on le voit tout au long des romans, Ombe n’a pas eu une vie facile et a ainsi appris à se protéger, à cacher ses sentiments, à l’aide d’un masque qu’elle se façonne. Encore une fois, son corps lui permet, en feignant l’assurance, de survivre. Tout au contraire, Jasper est décrit comme grand et frêle, adolescent au style gothique, il manque terriblement de confiance en lui concernant ses facultés physique ; très peu sportif, intimidé dès qu’il parle à une fille et préférant la magie au combat, Jasper semble incarné la faiblesse face à la solidité d’Ombe.

       Pourtant, les rôles s’inversent dès lors que l’on parle de magie. En effet, la magie, dans ces romans, se situe du côté de l’esprit : elle demande une très bonne mémoire, des facultés de réflexion pour allier astucieusement les différents éléments qui la font agir et un certain talent pour les langues mortes tandis qu’elle ne demande que très peu d’investissement physique. Jasper, maîtrisant parfaitement tous ces impératifs, est un surdoué de la magie, réussissant des sorts censés se situer bien loin de sa portée. Étonnement, il gagne ainsi une véritable confiance en lui dès qu’il parle de magie et en oublie même de bégayer devant Ombe lorsque le sujet est abordé. Alors qu’Ombe elle-même, plus douée pour les langues vivantes que mortes et ne possédant pas une mémoire extraordinaire, semble totalement réfractaire à la magie ; non pas qu’elle ne veuille pas s’en servir mais plutôt que la magie ne se laisse pas apprivoiser par elle. L’opposition des deux personnages s’affirment à nouveau par ce biais mais, plutôt que de proclamer la supériorité de l’un ou de l’autre, exprime plutôt la complémentarité des deux : bien souvent, Ombe téléphone à Jasper pour avoir des conseils en magie tandis que Jasper regrette de ne pas avoir l’endurance d’Ombe. Entre corps et esprit, aucune compétence ne domine, tous deux s’équilibrent.

Ligne horizontale        Solitude & Association.

       Thème récurrent de ces quatre romans, la solitude est très présente dans la vie de nos deux héros. En effet, Ombe est orpheline et Jasper ne voit ses parents qu’en coup de vent, une ou deux fois par an, quand ceux-ci ne sont pas en voyage. Ainsi, les deux personnages se réfugient auprès de leurs proches amis, seuls piliers sur lesquels ils puissent compter dans leur quotidien. Cependant, les activités de l’Association exigeant le secret, même à ceux-là ils sont obligés de mentir et se retrouvent ainsi à nouveau confinés dans leur solitude. Tout au long des romans, on les voit alors en quête d’un ersatz de cette famille qui leur manque : que ce soit ensemble, auprès de ceux qu’ils rencontrent en mission ou auprès des membres de l’Association, Mlle Rose et Walter, autoritaires et affectueux à la fois, représentant l’image parentale qui leur manque. Différentes solutions de faible envergure, qui leur permet de tromper leur solitude, mais qui ne leur permet pas de l’effacer totalement puisque, une fois rentrés chez eux, ils y sont de nouveau confrontés. Ils doivent alors apprendre à gérer cette situation, à comprendre comment cela fonctionne et à évoluer : thème finalement très en adéquation avec le public plutôt orienté adolescence de ces romans, adolescence qui se cherche, se sent en décalage avec tout son entourage et craint la solitude autant qu’elle l’estime – puisque Ombe et Jasper trouvent tout de même cela bien pratique de pouvoir faire ce qu’ils veulent sans avoir de permissions à demander.

       L’Association, dans le roman, est l’organisme pour lequel travaillent Ombe et Jasper et qui est en charge de générer les « Anormaux », tous ces êtres mythiques cachés au « Normaux », commun des mortels – les Moldus, quoi ! – à l’aide des « Paranormaux », ceux qui, comme Ombe et Jasper, dénotent certaines prédispositions magiques et talents particuliers. Mais, bien sûr, en dehors du roman, cette association est aussi celle des deux auteurs et de leurs maisons d’édition qui travaillent de concert pour produire cette saga. Il en résulte un fort sentiment d’entraide mais aussi une volonté de briser cette solitude. En effet, écrire est souvent un processus plutôt solitaire, jusqu’au moment où l’on fait relire ce que l’on a écrit, alors que les deux auteurs ont choisi là une forme qui entraîne des échanges constants dans le processus de création de l’histoire. De même, Ombe et Jasper exercent une activité solitaire pour l’Association – qui exige des agents qu’ils n’échangent pas sur leurs missions – mais décident souvent de s’entraider et se rapprochent ainsi, trompant la solitude qui leur pèse bien souvent, trouvant finalement quelqu’un avec qui ils peuvent tout partager.

      Voilà donc ce que je retiens des quatre premiers tomes d’A comme Association, j’espère être aussi enthousiasmée par la suite bien que la participation de Pierre Bottero ne s’achève là. Si vous connaissez cette saga, n’hésitez pas à donner votre avis en commentaire ; sinon, n’hésitez pas à vous y mettre : bien que rangée dans les rayons jeunesse, le style des deux auteurs rend cette histoire vraiment accessible à tous âges. Comptez sur moi pour un article sur les quatre tomes suivants dès que je les aurai lus mais, vous le savez, « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

Publicités

4 commentaires sur “║ A comme Association 1 à 4 ║ de L’Homme et Bottero

  1. Pfffff je connaissais pas du tout et je sens que je vais devoir ajouter des livres à ma wishlist lol Je suis très intriguée par le fait que ce soit deux auteurs qui écrivent cette saga… Comme pour De bons présages de Gaiman et Pratchett, c’est tout un challenge de trouver une unité tout en conservant sa personnalité (d’écriture).

    Aimé par 1 personne

    • Ahah, nous sommes donc quittes ! ^^
      La facilité pour cette saga est que chaque auteur prête sa voix à son personnage donc le style d’écriture participe à la caractérisation, et c’est juste top ! D’ailleurs, on reconnaît un peu d’Ewilan en Ombe : Bottero semble avoir un faible pour les personnages féminins forts et indépendants^^
      Je n’ai pas encore lu De Bons Présages mais j’ai failli craquer en le croisant l’autre jour en librairie, je pense que ça ne saurait tarder :3

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s