8 idées… Reçues contre la littérature jeunesse

LLittérature Jeunesse

     Après avoir attaqué les idées reçues contre les littératures de l’imaginaire et contre la littérature classique, je me tourne aujourd’hui vers une nouvelle littérature qui a bien trop souvent mauvaise presse : la littérature jeunesse. Cependant, je me dois de faire une mise au point : je ne parlerai pas ici de la littérature pour les tous petits mais plutôt d’une gamme de livres destinée à des lecteurs à partir de 10/12 ans environ, soit plus précisément une littérature « pré-adolescente », voire « adolescente » mais généralement rangée dans des rayons ou collections intitulés « jeunesse », d’où mon choix de dénomination. Ce n’est peut-être pas la meilleure et vous êtes tout à fait en droit de me corriger si vous avez de meilleures idées sur le sujet mais, faute de mieux, je ferais avec pour cet article alors c’est parti pour 8 idées reçues contre la littérature jeunesse !

     1 ‖ Ça ne parle que des premiers émois amoureux.

     Je dois l’avouer, ceci est un préjugé tenace qui m’a moi-même souvent rebutée. En effet, les triangles amoureux interminables, les histoires d’amour bégayantes et les hormones en ébullition, cela me dérange beaucoup si ça prend trop de place dans un roman, au détriment d’une intrigue plus intéressante. Cependant, ce n’est pas une nécessité de la littérature jeunesse : prenez les romans de Roald Dahl et essayez donc de me trouver une romance dans Matilda ou Sacrées Sorcières. En outre, cela peut-être fait avec une finesse digne de n’importe quel roman « adulte » – je ne veux pas dire « pornographique » ou «  »érotique, juste visant un public plus mature ! – : prenez l’exemple des deux trilogies d’Ewilan de Pierre Bottero : l’amour entre Ewilan et Salim est loin de l’amourette de jeunesse, plus proche d’un absolu idéal digne des plus belles poésies humanistes.


     2 ‖ Le style est pauvre.

    J’ai beau adorer Harry Potter, il m’est difficile de nier que le style, à défaut d’être vraiment pauvre, n’est pas non plus très recherché : quand cela fait 15 fois dans les 100 dernières pages qu’on nous dit que la cicatrice d’Harry le démange, on commence à trouver cela assez répétitif. Néanmoins, cela ne nuit en rien à l’histoire, cela ne m’a pas non plus empêché, grâce au gonflement de la tante Marge, d’ajouter l’expression « borborygmes apoplectiques » à mon vocabulaire et enfin cela n’est en rien une généralité. Alice au pays des merveilles, incontournable de la littérature jeunesse, est bourré d’images, de symbolisme, tout ceci au rythme du style poétique et ingénieux de Lewis Caroll.


     3 ‖ L’intrigue est sans ressources.

     Hormis les séries de roman un peu faciles qui singent les procédés des séries de dessins animés pour enfants dont chaque tome/épisode est formé sur un déroulement quasi identique, de nombreuses sagas jeunesse existent, dont les parfois nombreux tomes ne contiennent ni répétitions, ni facilités. Je prendrais l’exemple de la série des Chevaliers d’Émeraude d’Anne Robillard, qui n’est certes pas une perle stylistique mais qui a su tenir en haleine ses lecteurs sur 12 tomes – sans parler du spin-off ! – en se renouvelant avec brio et en mettant à leurs termes guerres et prophétie sans jamais répéter le même schéma.


     4 ‖ Ça ne délivre pas de grands messages.

     Que dire de la série des Artémis Fowl d’Eoin Colfer, à mi-chemin entre fantasy et science-fiction, dont chaque tome rappelle les dommages écologiques provoqués par l’Homme et qui n’a de cesse de chercher des alternatives technologiques non polluantes, certes imaginaires, mais sensibilisant les enfants au problème environnemental ? Que dire encore des Chroniques de Narnia de C.S. Lewis qui, même si j’émets quelques réserves sur sa portée chrétienne en tant que non-croyante, propose un message d’union, de tolérance, de bonté, de sacrifice et  d’amour, tout ça à la fois ? Si vous ne trouvez pas que ça, ce sont de grands messages, dignes de n’importe quel roman destiné à un public plus âgé, je ne sais qu’ajouter.


     5 ‖ Les personnages manquent de profondeur.

    Bien au contraire, les personnages de la littérature jeunesse répondent bien souvent au type du roman d’apprentissage, c’est-à-dire que nous avons des personnages qui évoluent au fil des tomes – ou du roman, quand il s’agit d’un one-shot -, qui apprennent de leurs erreurs et qui grandissent avec leurs lecteurs. Que ce soit la saga des Harry Potter qui commence à l’enfance et voit ses héros devenir adultes, ou tant d’autres suivant le même modèle sur une période plus resserrée – comme les Artemis Fowl dans lesquels le héros éponyme passe d’égoïste fini renfermé sur lui-même à altruiste et ouvert au monde en quelques années ou les Ewilan, dans lesquels l’héroïne traversent une série d’épreuves qui la marquent à vie -, on a affaire à des héros qui grandissent avec toute une génération de lecteurs, qui partagent leurs soucis et qui développent une psychologie propre et profonde.


     6 ‖ Les mystères sont beaucoup trop simples à résoudre.

    J’avoue avoir beaucoup de mal à répondre à ce préjugé car j’ai envie de dire oui et non. Dans des livres type romans d’enquête pour enfants, je trouve, moi aussi, que les énigmes sont vraiment trop simples à résoudre : certes, il faut faciliter l’enquête pour une jeunesse dont l’esprit logique n’est pas forcément encore complètement formé, cependant il faut aussi savoir trouver un juste milieu pour que la réponse ne devienne pas une évidence dès le premier chapitre non plus et cela, ce n’est pas toujours le cas. Pourtant, certains y parviennent tout de même très bien et je pense notamment à la très bonne série d’espionnage Alex Rider écrite par Anthony Horrowitz : les intrigues sont accessibles aux plus jeunes mais offrent tout de même un minimum de challenge pour demeurer intéressantes. Par ailleurs, il ne me semble pas que cela touche les autres genres de la littérature jeunesse : qui, avant le dénouement d’À la Croisée des mondes, devine ce qu’est réellement la « Poussière » sur laquelle enquête Lyra et comment elle fonctionne ? Des indices sont donnés dès le premier tome mais l’énigme perdure tout de même sur le deuxième, voire le troisième tome.


     7 ‖ Les dénouements sont toujours les mêmes.

      À cela, je n’aurai qu’une seule chose à répondre : La Trilogie de Bartiméus de Jonathan Stroud. En plus d’être une trilogie exaltante, mettant en scène un démon irrévérencieux, l’évolution d’un jeune sorcier bouffé par le système et le parcours d’une jeune femme qui essaye de sortir du moule dans lequel on veut la retenir de force, en plus d’offrir une réflexion intéressante et profonde sur la société qui nous entoure, son état de corruption, l’inégalité sociale et l’absence d’empathie qui peut mener à des situations proches de l’esclavage, cette trilogie propose aussi une fin qui sort totalement des cadres conventionnels. Une happy end aurait été extrêmement facile à écrire pour cette histoire, on la voit d’ailleurs plutôt bien se profiler, jusqu’à ce que l’auteur nous mène vers un choix totalement différent et d’autant plus intéressant. Et si vous pensez que cette fin-ci est une exception, je vous invite volontiers à jeter un coup d’œil à celles d’À la Croisée des mondes de Philip Pullman ou des Chroniques de Narnia de C.S. Lewis.


     8 ‖ Ce n’est pas une référence culturelle.

     De la même manière, à son époque, Molière n’était pas une référence culturelle car ses textes étaient jugés comme destinés à un public trop populaire. Alors pourquoi, sous prétexte qu’elle est destinée à un jeune public, la littérature jeunesse ne pourrait-elle pas acquérir le statut de référence culturelle ? Il y a quelques années encore, les œuvres de fiction de Tolkien étaient raillées dans les universités, malgré tout le crédit porté à ses travaux de linguiste, alors qu’aujourd’hui de nombreux cours fleurissent autour de ses écrits de fiction, y compris concernant Bilbo le Hobbit, conte originellement destiné à la jeunesse. Alors même si c’est encore difficile de le citer dans une dissertation selon le correcteur auquel on a affaire, cela commence à être faisable, tout comme Michael Ende et son Histoire sans fin deviennent une référence acceptable en tant qu’exemple de littérature jeunesse alors rien n’est perdu ; il faut juste laisser un peu de temps à ces œuvres de se faire leur place dans le paysage littéraire moderne et à venir.

     Voilà les 8 idées reçues sur la littérature jeunesse contre lesquelles je souhaitais me dresser. Si vous en avez d’autres, n’hésitez pas à la proposer, de même que si vous avez d’autres exemples de livres pouvant étayer un contre-argumentaire en faveur de la littérature jeunesse. Et bien sûr, les débats sont toujours ouverts alors à vos claviers !

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11 commentaires sur “8 idées… Reçues contre la littérature jeunesse

  1. Excellent article que je soutiens à 100%. Moi aussi j’avais certains de ces préjugés mais dans ma découverte de l’actualité jeunesse (ou YA – Young Adult comme je préfère l’appeler), je me rends que cela dépend vraiment de l’auteur (tout comme dans la littérature adulte).
    Je te rejoins sur Bartiméus qui est particulièrement bien écrit et mené même s’il me manque encore le préquel à lire.

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  2. Merci de soulever ces concepts qui nuisent à un genre et de les présenter positivement… Les jeunes se retrouvent dans ces récits et ils sont loin d’être les lecteurs les plus faciles à satisfaire… Alors, je lève mon chapeau à ces auteurs qui écrivent pour eux!

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  3. Super, j’ai adoré ton article et je te rejoins sur de très nombreux points!
    Malgré mes 25 ans, je suis toujours attirée par la littérature jeunesse, bien que ma mère me fasse remarquer que ce n’est pas tellement un rayon pour mon âge … Mais je la contredis toujours parce que comme tu dis, il ne faut pas s’arrêter aux préjugées, oui c’est parfois jeunesse et prévisible mais ils sont souvent porteur de messages avec rempli subtilités peut être non perceptibles pour de jeunes lecteurs … certains sont pleins de surprises et comme tu le dis si bien, beaucoup sont des sagas qui permettent d’observer l’évolution des personnages en maturité.
    Et c’est bien vu, beaucoup de grands livres, lors de leur sortie, étaient catalogués comme lecture pour jeune et populaire : Tolkien, Lewis, Molière, Leblanc, etc … et son des best seller lu par tous aujourd’hui! 😉

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    • J’ai eu les mêmes réactions de la part de ma mère quand j’ai demandé le Livre des étoiles d’Erik L’Homme pour mon dernier anniversaire, j’avoue ne m’y être pas attendue de sa part ! Cela arrive parfois, mais tant qu’on est prêts à assumer nos goûts, cela aidera peut-être, quelque part, à faire changer un peu ces idées préconçues^^

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    • Je n’y avais pas pensé mais c’est vrai, plusieurs de ces idées reçues ne sont pas cantonnées à la littérature jeunesse ! Après, j’avoue que c’est dans ce contexte que j’ai pu les entendre le plus, mais le style pauvre ou la référence culturelle, en effet, peuvent être entendu pour nombre de romans dits « populaires » et souvent méjugés, ce qui peut être dommage.

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  4. J’ai adoré ton article ainsi que le concept de ces « 8 idées reçues » (j’irai voir les autres).
    Étant une adoratrice du YA et des livres ados, j’aime lorsque les bloggeurs comme toi enfoncent des portes en balayant les aprioris sur la lecture jeunesse.

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