║ Cyrano de Bergerac ║ d’Edmond de Rostand

Cyrano

       Laissé trop longtemps de côté, c’est à l’occasion d’une lecture commune avec Wellan, chroniqueuse sur le blog Aldiaphora que j’ai enfin pris le temps de lire le fameux Cyrano de Bergerac de Rostand – vous pouvez aussi retrouver la très jolie chronique de Wellan. J’avais eu, il y a quelques bonnes années de cela, l’occasion d’en voir une adaptation au théâtre mais, hormis une scène d’introduction assez chaotique – juste reflet du texte original, d’ailleurs – et quelques scènes d’action grandiloquentes, j’avoue n’en avoir conservé qu’assez peu de souvenirs. Ce fût donc un réel plaisir de (re)découvrir toute la verve de ce personnage haut en couleurs.

      Cyrano se consume d’amour pour la belle Roxane, sa cousine – oui, à l’époque, c’était dans les mœurs – mais n’ose le lui avouer car il est trop complexé par son gigantesque nez qui le défigure et est ainsi persuadé que la belle ne l’aimera jamais. Et en effet, Roxane tombe amoureuse d’un jeune éphèbe, Christian, qui lui retourne ses sentiments. Mais celui-ci ne sait pas très bien manier les mots et, pour charmer Roxane de son esprit aussi bien que son physique, accepte l’aide de Cyrano qui glisse ses mots d’amour dans la bouche du beau Christian.

Ligne horizontale       Action & panache.

      Contrairement à l’idée que l’on a tendance à se faire du théâtre classique, Cyrano de Bergerac est une pièce bourrée d’action. En effet, loin des longs discours stériles, les répliques de Cyrano sont ponctuées de mouvements, souvent de combats et ne laisse pas de temps mort à l’intrigue. La scène d’ouverture en est un très bon exemple : elle représente les coulisses du théâtre avant que la pièce ne débute et vire presque à la cacophonie – une scène difficile à suivre, mais c’est voulu et ça c’est fort ! -, tout le monde s’agite dans tous les sens et cela ne laisse aucun répit au lecteur/spectateur – car il ne faut jamais oublier que le théâtre est fait pour être joué, à quelques exceptions près. Celui qui remet de l’ordre dans tout cela, par sa simple arrivée, c’est bien sûr Cyrano, qui n’endigue pas l’action pour autant puisqu’il déclenche aussitôt un duel, tout en mettant au passage le désordre dans le théâtre.

      Autant vous dire, dès lors, que le personnage ne manque pas de panache – il est d’ailleurs bien connu pour cela. Sa plus fameuse tirade, se moquant allègrement de son propre nez, repose justement là-dessus ; quitte à se moquer, autant le faire avec la plus grande audace possible. Et, même si personne ne le fait mieux que Cyrano lui-même, qui prend usuellement la mouche dès que l’on parle de son nez, c’est aussi en ce moquant de celui-ci que Christian, rival de Cyrano, gagne son affection. En effet, bien qu’il n’ait pas la verve de Cyrano, Christian fait de l’esprit en se moquant de ce grand nez, sans doute la scène où il fera montre de la plus grande intelligence – car, dans le reste de la pièce, il est surtout beau et rien d’autre, il faut le dire – qui lui gagne l’amitié de Cyrano dans les circonstances les plus improbables. Cet esprit soudain, lié au panache avec lequel Christian ose s’exprimer – alors qu’il avait été bien prévenu de la susceptibilité de Cyrano à ce sujet – créent un lien entre les deux hommes qui partagent les mêmes valeurs.

Ligne horizontale      Beauté & grandeur.

      La question de la beauté est primordiale dans cette pièce, cela ne vous surprendra pas. En effet, si Cyrano n’ose se déclarer à Roxane, c’est bien parce qu’il estime être laid à cause de son nez démesuré tandis que si Roxane et Christian tombent amoureux l’un de l’autre – ou plutôt, s’ils flashent l’un sur l’autre comme des adolescents, soyons honnêtes -, c’est parce qu’ils sont tous deux très beaux. Cependant, vous vous doutez bien que la situation ne demeure pas telle quelle sinon la pièce serait bien pauvre et la morale assez particulière : Cyrano se fait la voix de Christian – qui, lui, a justement honte de son manque d’intelligence malgré son physique avantageux – pour parler à Roxane et la belle oublie peu à peu le physique pour tomber amoureuse de l’âme qui lui dit ces mots doux sans se douter qu’il s’agit de Cyrano. Le vieil adage disant qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture est alors parfaitement bien illustré et l’on s’aperçoit que le physique n’est pas aussi important que l’âme qu’il renferme.

     Pourtant, même si la morale s’est passablement améliorée, la pièce serait encore un peu courte sans un rebondissement supplémentaire : alors que Cyrano pourrait enfin avouer ses sentiments à Roxane sans crainte d’être rejeté, il doit à nouveau se taire pour, cette fois, protéger la réputation de Christian. On peut alors s’apercevoir que la grandeur d’un personnage ne se résume pas seulement à son esprit mais également à son honneur et à la façon dont il traite ses amis. Lorsque Christian s’aperçoit que ce n’est pas vraiment lui qu’aime Roxane mais plutôt l’âme de Cyrano qui lui prête ses mots, Christian est prêt à céder sa place pour le bonheur de ses deux amis. De même, lorsque Cyrano se rend compte qu’avouer ses sentiments à Roxane entacherait l’image de Christian, Cyrano renonce à se déclarer à Roxane. Une amitié sincère supplante ici le triangle amoureux qui les liait jusqu’alors. On voit une gradation s’instaurer dans la morale abordée : l’apparence est supplantée par l’intelligence, elle-même supplantée par la gentillesse et la dévotion, clés de la véritable grandeur d’âme.

    Cyrano de Bergerac est donc un grand classique qui mérite vraiment d’être lu. On ne s’y ennuie jamais, la morale en deux temps est dosée à la perfection et Cyrano bénéficie d’une complexité de caractère difficilement égalable au théâtre, alors que demander de plus ? Si vous avez des idées, n’hésitez pas à laisser un commentaire et je vous dis à bientôt mais « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois », comme l’a écrit Michael Ende.

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10 commentaires sur “║ Cyrano de Bergerac ║ d’Edmond de Rostand

  1. C’est une de mes pièces de théâtre préférée avec Don Juan de Molière. Je l’ai beaucoup étudiée, beaucoup lue et beaucoup vue également (notamment le film avec Depardieu -son meilleur rôle faut le reconnaitre-) et j’aime toujours autant me plonger dans cette belle mais si triste histoire. J’aime beaucoup ton analyse 🙂

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    • Je m’en veux un peu de l’avoir si longtemps laissée de côté et je me hâte de voir l’adaptation avec Depardieu : je l’ai tellement aimé dans son rôle de Jean Valjean, avec le même côté surhomme méjugé au grand cœur, que je ne doute pas de l’aimer aussi dans ce rôle (c’était sa bonne époque^^ »). Je ne manquerai pas de t’envoyer un message après visionnage ! :p

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    • J’espère bien pour que tu me dises ce que tu en as pensé! Mais comme tu dis c’était sa bonne époque, pour dire il fait même partie de mes préférés. Tu me donnes envie de le revoir ou le relire tiens ^^

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