║ La Horde du Contrevent ║ d’Alain Damasio

La Horde du Contrevent

     J’aime autant vous prévenir d’entrée de jeu : il va m’être très difficile d’être objective sur ce livre. En effet, je viens tout juste de finir cette Horde du contrevent d’Alain Damasio après l’avoir reçu lors de mon Mini-Swap avec Maelys aime lire et ce fût un réel bonheur à lire. Même si le dénouement, finalement moins impressionnant que je l’aurais espéré, me laisse un peu sur ma faim, je conviens que c’était le dénouement le plus porteur de sens possible, celui qui convenait et, en cela, je l’apprécie tout de même. Je ne vous en parlerai cependant pas davantage : s’il y a bien un livre que je ne veux surtout pas vous spoiler, c’est bien celui-là. En revanche, je peux vous parler avec délectation de la poésie, de la philosophie et de la détermination qui foisonnent dans ce livre sans risquer de vous en gâcher la lecture alors ne nous en privons pas.

     Depuis des générations, des Hordes partent de l’Extrême-Aval du monde pour remonter jusqu’à la source du vent. Un monde totalement façonné par ce vent qui souffle sans cesse, des habitants vivant et pensant ce vent, une quête contre une force terrible étalée sur toute une vie. La 34ème Horde est désormais en marche, elle fait route vers l’Extrême-Amont et, plus que toute autre, elle porte l’espoir d’une population entière.

Ligne horizontale     Objectif & motivations.

     On commence donc ce roman en faisant connaissance avec 23 hordiers, aux caractères très différents, avec des tensions entre les uns et les autres, mais pourtant tous soudés pour atteindre un but commun : contre le vent et rejoindre l’Extrême-Amont. Ce but est l’objet de nombreuses questions ; en fonction de leurs différentes personnalités, ils imaginent chacun un Extrême-Amont différent, rendant finalement compte de leurs désirs personnels projetés dans cet objectif commun. Ainsi, celui-ci, en proposant une question sans réponse, aide à définir ce qu’est chacun, met en valeur leurs différences mais, surtout, le fournit un point commun qui les unit tous. Plus que liés, Sov, scribe de la Horde, le dit, ils sont « noués » ; ils ne font plus qu’un grâce à cet objectif qu’ils partagent tous. Cependant, même si plusieurs possibles sont imaginés au fil du roman quand à ce qu’ils trouveront au bout de leur quête, on saisit que ce qu’ils partagent est avant tout le chemin qu’ils font ensemble. La route qu’ils font ensemble, les épreuves qu’ils traversent leur permettent de se souder plus que jamais et d’être prêts à atteindre l’Extrême-Amont ensemble. Sans cette route partagée, leur objectif perdrait de sa valeur et ils ne le mériteraient pas ; on a ainsi, en filigrane, une parfait illustration de l’adage disant que ce n’est pas la destination mais bien la route qui compte, route qui permet de les forger, de les préparer et de les unifier pour aller toujours plus en avant vers leur but ultime.

    Malgré tout, cette unité de groupe qu’ils forment n’efface en rien la personnalité de chaque membre. Tout au contraire, c’est la diversité des caractères qui fait leur force, les rend complémentaires et crée l’utilité de chacun dans leur quête commune. Tout comme ils ont tous une image différente de l’Extrême-Amont, ils ont également des motivations individuelles, que ce soit pour eux-mêmes, pour leur famille, pour la postérité, pour atteindre la paix, pour se surpasser ou pour toute autre chose. Nul besoin d’avoir tous la même motivation pour viser le même but ; cela va plutôt encourager chacun vers un questionnement personnel sur ses rêves et ses désirs qui peut s’étendre, au-delà du livre, au lecteur lui-même. Cela a tout de même un défaut majeur pour l’avancée du groupe car l’unité leur est absolument nécessaire pour parvenir à leur extrême limite et, ainsi, il suffit qu’une seule volonté flanche pour emporter tout le groupe derrière elle. Il faut que tous soient convaincus, quelles que soient leurs raisons, du réel bien-fondé de leur quête pour s’entre-motiver.

Ligne horizontale     Poésie & temporalité.

    La poésie, outre le style très recherché du roman, est perceptible à travers deux personnages particulièrement importants de l’histoire : Sov et Caracole, le scribe et le troubadour. Ils représentent ainsi deux facettes des textes : Sov se repose sur les textes écrits, sur leur immuabilité et la possibilité de les transmettre à la postérité tandis que Caracole joue avec les histoires orales, éphémères, sans cesse changeantes et créant une magie de l’instant. Grâce aux chroniques rapportées par Sov, on sent que la Horde a aussi la possibilité de s’inscrire dans l’Histoire, de survivre à sa propre mort. Grâce aux récits instantanés de Caracole, la Horde peut devenir une légende vivante, elle est mise en scène directement face aux locaux qu’ils rencontrent et cela participe grandement à l’aura de grandeur qu’ils dégagent et au respect qu’ils inspirent. Par ailleurs, Caracole joue énormément avec les mots, a un aspect virevoltant, presque insaisissable qui le met, plus que tout autre, en rapport avec ce vent qu’ils passent leur vie à combattre et qui créé une sorte de parallèle entre le vent et la création poétique : remonter à la source du vent, c’est aussi remonter à la source de l’histoire – car, rappelons-le pour ceux qui ne l’auraient pas encore eu entre les mains, la pagination de La Horde du Contrevent est totalement inversée, la page zéro étant la dernière du roman – et de l’invention même. Même si Caracole semble toujours s’amuser avec les mots comme l’auteur lui-même, on sent par là le sérieux du fond de son propos.

     Par ailleurs, le rapport au temps est une thématique extrêmement redondante dans ce roman. En effet, les différentes temporalités ont un vrai rôle à jouer : il y a une forte perception du présent, qui est le moment de la lutte et qui s’attarde parfois vers une conception proche du carpe diem, encourageant à vivre l’instant présent ; mais le but ultime de la Horde et de toutes celles qui l’ont précédé est bien sûr tourné vers l’avenir, il s’agit d’une quête s’étalant sur plusieurs dizaines d’années, incitant également à penser que le présent est ce qui prépare le futur et ce but est justement destiné à un apport pour les générations à venir, voire une course probable vers la mort ; enfin, le passé des personnages est vu rétrospectivement tout au long de l’histoire, avec une enfance et une formation entièrement tournée vers la quête de la Horde, sans lesquelles il leur serait impossible d’avancer. De plus, on voit parfois ces différentes temporalités ce superposer, niant la linéarité du temps et faisant s’interroger sur la forme qu’il peut revêtir : est-ce un cycle clôt qui se répète en boucle ? Y a-t-il plusieurs possibles que l’on peut modifier ? Le destin est ainsi lui-même remis en question. Le rapport au temps de chacun est donc très étudié, différent selon chaque personnage, entre le troubadour, la feuleuse ou la sourcière qui paraissent posséder un caractère, d’une certaine façon, éphémère, en changement constant face à la stabilité inébranlables du traceur ou des ailiers, par exemple.

     Voilà, vous l’aurez compris, j’ai beau ne pas utiliser souvent ce terme, je peux vous dire que La Horde du contrevent fût, pour moi, un véritable « coup de cœur », une lecture qui m’a vraiment remuée, qui continue à me faire réfléchir deux jours après l’avoir fini et que je ne suis pas prête d’oublier. Je le recommande donc chaudement à tous ceux qui seraient tentés et serais très curieuse d’avoir vos avis sur ce livre. En attendant, je vous dis à bientôt pour un nouvel article mais, vous le savez bien, « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

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11 commentaires sur “║ La Horde du Contrevent ║ d’Alain Damasio

  1. Olalala ton article me donne vraiment envie de découvrir Damasio et ce livre. J’entends parler de Damasio depuis quelques temps en plus (et que des louanges) ça en ajoute à ma curiosité !! Je crois que je vais le mettre dans ma PAL…

    Aimé par 1 personne

    • Je n’en avais entendu que du bien aussi, en étant un peu surprise, bah je dois dire qu’il était à la hauteur ! Le seul reproche que je ferais, ce sont les titres de chapitre qui ont tendance à « spoiler » légèrement leur contenu en cassant parfois certains effets de suspense… Mais franchement, quand on en vient à s’attarder sur ces détails-là, c’est vraiment qu’il n’y a rien à redire xD

      Aimé par 1 personne

    • Ah oui en effet c’est vraiment du détail! Bon alors je l’ai mis dans ma liste parce-que ça me donne bien envie tout ça ❤ et je sauterai juste les titres de chapitre XD

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