Découvrons… ║ L’Homme invisible ║ de H.G. Wells

homme-invisible

    Nouvelle amatrice de science-fiction et n’ayant pourtant encore jamais lu un roman de

Wells, je me suis senti le devoir impérieux de réparer ce manquement. Entre La Machine à explorer le temps, L’Île du Docteur Moreau et L’Homme invisible, le choix fut ardu pour commencer mais c’est bien ce dernier qui fit balancer mon cœur, souhaitant découvrir l’auteur avec une histoire qui me semblait plus légère et que j’avais déjà beaucoup vu parodié mais dont je ne connaissais rien de la trame originale.

       Un mystérieux visiteur couvert de bandages de la tête aux pieds arrive dans une petite auberge de province, provoquant les interrogations de tout le village. Bien loin de répondre à leurs questions, il semble fuir le plus possible les contacts humains et s’enferme des heures durant dans sa chambre pour mener des expériences scientifiques. D’abord bien accueilli, il s’attire progressivement les foudres des villageois à cause de ses agissements suspects, ses crises de colère violentes et sa morale plus que douteuse.

Ligne horizontale       Humanité & exclusion.

       Dans ce roman, Wells questionne clairement les limites de ce qui fait notre humanité. Peut-on conserver le sens de son rapport à soi-même et aux autres une fois privé de corps ? Respecte-t-on les règles de la civilisation lorsqu’on peut les braver impunément ? A-t-on besoin d’un corps pour se sentir exister ? Autant d’interrogations jamais posées directement par le romancier mais bien présentes en sous-texte, grâce au comportement de ce fameux homme invisible qui semble finalement perdre peu à peu de son humanité au fur et à mesure qu’il se sent éloigné de la société par son nouvel état. Un homme perdu, qui ne se contrôle plus vraiment et qui semble éprouver des difficultés à définir les limites extérieures dès lors qu’il ne se voit plus lui-même. Cependant, la réponse n’est jamais complète car le personnage présentait déjà nombre de ces défauts avant de devenir invisible et n’a fait que les exacerber en le devenant. Notre corps serait-il donc alors le garant de notre contrôle ? Wells pose la question, instille des pistes de réflexion, propose des réponses possibles et nous laisse réfléchir dessus par nous-même.

        Et au final, l’homme invisible n’est pas le seul à éprouver ses propres limites. Il remet également en question les limites du reste de l’humanité qui se retrouve confronté à lui. À défaut d’enveloppe physique visible, les autres en oublient qu’ils ont bel et bien un humain face à eux et commencent à le traiter non plus comme leur égal mais bien comme un monstre, une bête, un être inhumain qui ne mérite pas leur considération. On le voit très bien lorsque l’homme invisible se défait de ses vêtements et bandages pour révéler totalement son état : plus il se défait de ce qui forme son enveloppe extérieure, moins il est considéré comme un homme et une scène de lapidation publique – très semblable à celle dans Sa Majesté des mouches, pour ceux l’ayant lu – démontre bien cette perte d’humanité qui fait finalement penser que le monstre n’est peut-être pas celui qu’on pense. La particularité hors-normes de cet homme révèle tout ce qu’il y a de plus bestial chez ceux qui, poussés autant par la peur que par la colère, font preuve d’une fermeture d’esprit, un manque d’acceptation de la différence, les poussant à se dresser automatiquement contre lui.

Ligne horizontale        En bref :

        N’ayant encore lu aucun autre roman de Wells, je ne saurais dire si c’est constitutif de l’écriture de l’auteur ou si c’est limité à ce roman en particulier qui n’était alors pas forcément le meilleur choix pour commencer mais le gros écueil de L’Homme invisible est que l’histoire manque parfois cruellement de rythme. En effet, faire des chapitres de suspense sur un mystère révélé par le titre-même de l’œuvre peut parfois sembler manquer de pertinence et les longs monologues d’explications scientifiques pour essayer de démontrer que ce phénomène est possible peuvent sembler harassant. Cependant, ce manque de rythme ponctuel est véritablement rattrapé par le cœur de l’histoire, extrêmement bien construit qui, partant d’un postulat scientifique, s’interroge sur la véritable nature de l’humanité.

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