║ Le Rouge et le Noir ║ de Stendhal

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    Après des années d’études littéraires, j’ouvre enfin pour la première fois un livre de Stendhal. L’hésitation était grande : commencer par La Chartreuse de Parme ou par Le Rouge et le Noir ? Ce sont les bons conseils d’un ami, qui m’avait déjà recommandé avec grand succès Millénium de Stieg Larsson dans un tout autre genre, que j’ai fini par me jeter à l’eau avec Le Rouge et le Noir. Autant vous dire qu’une fois de plus, il a tapé dans le mille ! À ma grande surprise, les personnages ont beau m’avoir été insupportables durant les 100 premières pages du roman, je n’en décrochais pas pour autant tant j’étais happée par l’histoire. Ces chassés-croisés d’orgueils sans cesse froissés et de petits jeux de pouvoir particulièrement mesquins m’ont captivée et ont su faire de cette lecture une vraie bonne découverte pour moi malgré mon indifférence assez notoire pour les romances.

      Julien Sorel, fils de charpentier, est d’une ambition sans bornes et préfère la lecture au travail du bois. Par l’entremise du vieil abbé de son village qui tient son intelligence en grande estime, Julien obtient une place de précepteur chez le maire du village, M. de Rênal. Il s’y épanouit mais son orgueil insatiable le pousse dans les bras de la femme de celui-ci qui se découvre pour la première fois un amour ardent.

Ligne horizontale      Inégalités & avidité.

      Ce livre est avant tout marqué par l’inégalité des classes. On y suit le parcours de Julien, fils de charpentier, fasciné par Napoléon, rêvant d’imiter son ambition sans bornes. Aux yeux de notre protagoniste, son plus gros défaut est d’être né pauvre ; il jalouse ainsi profondément les gens riches et exècre toutes leurs manières, tout en étant pris par l’irrépressible envie de leur ressembler. Face à lui, les personnages fortunés qui le côtoient, manifestent clairement leur dédain pour quelqu’un n’appartenant pas à leur milieu social et font souvent leur possible pour brimer son ascension. Les inégalités sociales sévissant à cette époque – et persistant d’ailleurs bien souvent à la nôtre, bien que dépouillées des titres de noblesse – sont d’autant plus mises en valeur qu’elles sont finalement la préoccupation principale des personnages peuplant le roman et qu’elles sont sources de toute leur personnalité.

      Une chose pourtant lie Julien au riche entourage dans lequel il évolue : une avidité dévorante les caractérise tous également. Tous veulent grappiller un peu de popularité pour monter dans l’échelle sociale et tous ont un rapport à l’argent très vénal. L’argent est ce qui constitue la base de la position sociale, ils en ont donc un besoin maladif. Julien veut à tout prix en gagner pour s’extirper de sa condition de pauvre fils de charpentier ; M. de Rênal, quant à lui, n’en manque pas mais quantifie la valeur de chaque chose en fonction de l’argent qu’elle lui coûte. Il n’a finalement d’estime pour Julien que lorsqu’il pense que celui-ci est susceptible d’être « racheté », en quelques sortes, par un autre notable du village. Tout n’est qu’étalage de fortune, avec le besoin d’en avoir le plus possible pour l’afficher le plus ostensiblement possible et ainsi affirmer sa supériorité sociale.

Ligne horizontale      Orgueil & redondance.

     L’orgueil est la caractéristique principale des personnages : c’est ce qui les pousse à toujours veiller à leur position sociale, pour ne pas risquer de dévaloriser leur image. Mais, même dans l’intimité, leur orgueil est bien souvent ce qui les pousse à agir. On le voit très clairement dans le personnage de Julien, qui décide de séduire avant tout par orgueil, soit pour soigner son orgueil blessé, soit pour s’enorgueillir de posséder un être au statut social si élevé par rapport au sien. Mais on constate aussi rapidement que l’orgueil est loin d’être son vice réservé : c’est aussi l’orgueil qui va créer autant de conflits entre Julien et divers personnages secondaires. M. de Rênal, tout d’abord, qui a besoin d’avoir Julien à son service pour se sentir meilleur que son concurrent ; Mlle de la Mole, ensuite, qui, bien qu’amoureuse de Julien, voit ses sentiments s’envoler lorsqu’elle ne se sent plus maîtresse de la situation. Et bien d’autres personnages affichent cet orgueil excessif, qui semble caractériser les milieux bourgeois et être l’objet d’une lutte permanente à celui qui saura écraser l’orgueil de l’autre.

      Cet orgueil omniprésent dans le caractère des protagonistes crée une certaine forme de redondance dans le schéma des deux grandes histoires d’amour de notre héros. De la même manière, Julien n’est d’abord pas amoureux ni de Mme de Rênal, ni de Mlle de la Mole mais sent son orgueil flatté de se savoir aimé de ces femmes aux positions sociales plus élevées que la sienne. Il tombe finalement amoureux grâce à ce même orgueil qui se glorifie de « posséder des choses » si belles et si raffinées que ces deux femmes. Enfin, son amour ne s’exprime plus qu’une fois ces femmes perdues pour lui, lorsqu’il regrette sincèrement de ne plus pouvoir être avec elles, quoiqu’on puisse encore voir une trace d’orgueil blessé à l’idée qu’elles se soient détournées de lui. En somme, l’orgueil de Julien est ce qui l’enferme dans un cercle en perpétuel recommencement sans lui permettre d’évoluer, d’où la redondance de ses histoires d’amour qui se déroulent exactement sur le même schéma.

       Ma première découverte de Stendhal fut un demi-succès. J’ai emportée par le début du récit malgré le peu d’empathie que m’inspiraient les personnages mais suis restée assez froid à la fin du roman, qui tirait beaucoup en longueur et n’apportait finalement pas de grande nouveauté une fois le monastère quitté. Les thèmes m’ont cependant beaucoup intéressée et je lirai sans hésitation La Chartreuse de Parme, désormais.

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