║ Ronces blanches et roses rouges ║ de Lætitia Arnould

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      Le mois dernier, j’ai eu la joie d’apprendre que la maison d’édition Magic Mirror, spécialisée dans le conte de fées, avait décidé de m’accorder sa confiance le temps d’un partenariat. Grande adepte de merveilleux, c’est donc avec joie que j’ai récemment reçu au format numérique leur toute nouvelle publication : Ronces blanches et roses rouges, réécriture du conte Blanche-Neige et Rose-Rouge des frères Grimm. Le pari était risqué pour Lætitia Arnould, qui devait répondre au double enjeu de respecter l’œuvre originale tout en y apportant une véritable nouveauté justifiant sa démarche.

      Sirona (alias Blanche) et Eloane (alias Rose) sont deux sœurs amnésiques élevées par la bonne Mme Whiteman qui les a recueillies alors qu’elles déambulaient dans la forêt, à moitié mortes de froid. Mais après 6 années de bons traitements, les choses changent soudain : les deux jeunes filles réchappent à la mort de justesse grâce à l’intervention miraculeuse d’un ours au regard étrangement humain et Mme Whiteman révèle son vrai visage. Fiancée de force au fils de son ex-bienfaitrice, Emmanuel, Sirona est enfermée dans un château maudit, ensorcelée par ses douces mélodies et privée de sa sœur adorée.

Ligne horizontale     Beauté & esprit.

      Comme toute héroïne de conte de fée qui se doit, Sirona est bien sûr d’une grande beauté, de même que sa petite sœur Eloane. Et justement, l’apparence physique est une des grandes thématiques de ce conte, aussi bien dans l’original que dans cette revisite. L’apparence est ce qui cache ce que sont les gens profondément, l’apparence est trompeuse et il peut être extrêmement dangereux de s’y laisser prendre. C’est ainsi qu’Eloane, bien plus frivole que sa sœur Sirona, ne parvient pas à voir le mal chez Emmanuel qui se présente sous des traits avenants, tandis que Sirona, envoûtée par les mélodies d’Emmanuel, ne perçoit pas l’obscurité de sa demeure ; enfermée dans un monde d’illusion, elle ne voit que la beauté passée des lieux. Mais l’on remarque que Sirona est moins sensible aux apparences que sa sœur lorsqu’elle décèle l’humanité dans les yeux de l’ours tandis qu’Eloane n’y voit qu’un monstre effrayant. Ce conte nous enseigne à voir au-delà de la beauté physique pour chercher à découvrir le cœur des choses et des gens.

      En revanche, cette beauté est fortement contrebalancée par l’esprit dans Ronces blanches et roses rouges. L’esprit, symbolisé par sa curiosité de toutes choses, est l’apanage premier de Sirona qui ne se contente pas de voir mais veut aussi savoir. La manipulation de l’esprit est le plus grand des pouvoirs présent dans cette histoire, le plus destructeur, celui contre lequel il faut se prémunir à tout prix et auquel il est le plus difficile d’échapper. L’esprit est donc fortement plébiscité par rapport à la frivolité des apparences. Telle Belle qui préfère la lecture aux fanfaronnades de Gaston, Sirona préfère la beauté de l’esprit de l’ours à celle du corps d’Emmanuel. De même, c’est par son intelligence, qui l’enjoint à ne plus se laisser prendre aux pièges des apparences, qu’elle parvient à se sauver de l’ultime traquenard de la sorcière.

Ligne horizontale      Empathie & enjeux.

      Si Sirona, notre héroïne, est un personnage sympathique, plein de belles qualités et de bonnes intentions qui attire l’empathie sur elle, j’ai cependant trouvé l’identification au personnage assez difficile. Ce n’est pas le personnage en lui-même qui pose problème, mais plutôt la situation dans laquelle elle se trouve. Prise au piège du sort d’Emmanuel, son fiancé, on la voit tomber sous son charme alors que celui-ci ne nous inspire qu’antipathie. Il est alors compliqué de compatir pour Sirona, qui devient l’instrument de sa propre perte. L’effet du sort eut-il été plus subtil, le piège moins évident, peut-être aurais-je pu davantage me prendre d’affection pour l’héroïne mais la voir se laisser entraîner par le sortilège qui nous apparaît si sibyllin a plutôt tendance à créer une distanciation avec le personnage, qui semble manquer totalement de discernement. Pour le coup, je trouve que l’auteure a un peu manqué de finesse, pour certes un petit point de détail mais qui a eu un gros impact sur ma lecture. Une progression plus subtile du sortilège aurait pu, me semble-t-il, apporter beaucoup plus d’empathie envers le personnage.

       Ce qui rend le personnage beaucoup plus sympathique, par contre, c’est bien la motivation qui la guide tout au long de l’histoire : sauver sa sœur puis, de manière plus générale, ceux auxquels elle tient. Sa motivation est noble, altruiste et touchante, ce qui rend l’enjeu du roman d’autant plus grand qu’il ne s’agit pas de sauver sa propre vie, son propre bonheur mais avant tout celui des autres. Et, par un effet de miroir, les motivations de l’antagoniste principal le rendent d’autant plus antipathique qu’elles nous semblent parfaitement abjectes. Tout d’abord incompréhensibles, elles font l’objet d’un long suspense et ne nous sont dévoilées qu’à la toute fin du conte pour mieux mettre en évidence leur aspect dérisoire. Mener une vengeance sur de si nombreuses années, détruire autant de vies – y compris la sienne – et passer à côté de tant de belles choses pourtant à portée de main pour un enjeu si vain confère un certain côté pathétique au personnage qui ne mérite alors plus que de courir à sa propre perte. En cela, le récit est construit d’une façon très maligne, qui fait vraiment espérer ce « happy ending » tant attendu des contes de fées et ôte toute envie de sauver l’antagoniste.

       Malgré un petit défaut que je n’ai pu m’empêcher de souligner, je dois reconnaître que Ronces blanches et roses rouges fût une très agréable lecture, une réécriture de conte à la fois respectueuse de l’original et porteuse de sens nouveau qui mérite sa place dans la bibliothèque de tout fan du genre mais aussi dans celle de quiconque désireux de découvrir un conte merveilleux fort et touchant.

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12 commentaires sur “║ Ronces blanches et roses rouges ║ de Lætitia Arnould

  1. J’ai pas souvent l’occasion de te le dire (alors que je viens assez régulièrement en loucedé lire tes avis), mais je suis toujours charmée et comblée devant ta façon de rédiger tes billets complets et passionnants. Voilà. Donc du coup, tu m’intrigues pas mal avec ce roman. Je dois dire que j’ai déjà une trilogie dans ma liseuse qui m’attend sagement : Beauty, Charme et quelque chose dans ce goût là. Après j’avoue je les confonds toutes ces réécritures de contes… ^_^’

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