║ Le Chevalier inexistant ║ d’Italo Calvino

Chevalier inexistant

     Italo Calvino est un auteur que j’ai découvert durant mes études, grâce à l’exposé d’une camarade portant sur Le Chevalier inexistant qui fait partie de la trilogie Nos Ancêtres. Préférant tester l’auteur avec le roman le plus court des trois, j’ai d’abord lu Le Vicomte pourfendu qui m’a beaucoup plu, et je me suis ensuite décidée à lire Le Chevalier inexistant qui ne m’a franchement pas déçue. Ses romans font appel à un certain sens de l’absurde, qui peut parfois prêter à rire même si ce n’en est pas le but premier, mais qui servent de véritables outils de réflexion cachés sous une intrigue prenante. Par beaucoup d’aspects, il me rappelle l’écriture de Terry Pratchett, bien que Calvino soit beaucoup moins porté sur l’humour.

        Au cœur de l’armée de Charlemagne, il y a un chevalier qui n’existe pas : Agilulfe ne se maintient en vie que par la force de sa volonté. En dehors de cela, c’est une armure vide, qui remplit pourtant ses tâches à la perfection. Pourtant, les seuls à admirer Agilulfe sont Gourdoulou, son écuyer qui ne parvient pas à savoir qui il est ; Bradamante, la femme chevalier désespérément amoureuse du chevalier inexistant ; et Raimbaut, le jeune premier en quête de vengeance pour son père mais qui est aussi son rival en amour.

Ligne horizontale        Métaphore & métaphysique.

        Le roman est entièrement basé sur une métaphore reposant sur deux personnages : le chevalier Agilulfe, qui n’existe pas mais sait qu’il est, et son écuyer Gourdoulou, qui existe de tout son corps mais ignore qu’il est. Ces deux personnages entraînent donc à s’interroger sur ce qui nous permet d’exister. Existons-nous simplement parce que nous avons un corps ou existons-nous parce que nous sommes capables de réflexion ? « Je pense donc je suis » disait Descartes et Calvino a décidé de prendre la sentence au pied de la lettre pour créer un être qui est simplement parce qu’il pense, sans avoir besoin d’un corps pour le soutenir. Cependant, cette existence revêt des conditions bien particulières puisque Agilulfe n’a pris vie que pour combler un vide dans les titres de noblesse vacants et a besoin d’un volonté extrême, aiguisée par une conscience aiguë de chaque chose qu’il fait pour ne pas s’évaporer tout simplement.

       Par ce biais, Agilulfe est ainsi la construction du chevalier absolument parfait, qui remplit toutes ses attributions avec une méthode scrupuleuse et suit à la lettre les devoirs de sa caste. Cependant, Agilulfe n’existe pas. Doit-on alors en conclure que la perfection n’existe pas ? Que nul ne peut l’atteindre, qu’elle n’est qu’un idéal absolu vers lequel tendre mais en rien un objectif réaliste ? De plus, malgré sa perfection, Agilulfe peine à s’intégrer au reste de l’armée dans laquelle il évolue. En effet, son absolue perfection renvoie aux autres l’image de leur imperfection et les pousse à le rejeter. L’auteur semble ainsi dresser une certaine satyre de la société, qui érige un modèle d’idéal à atteindre mais qui n’est pas prêt à s’y confronter directement lorsque celui-ci se présente à elle.

Ligne horizontale        Identité & logique.

      Ce petit roman philosophique propose de nombreuses interrogations sur l’identité, ce qui nous définit et est à la base de notre construction personnelle. Face à Agilulfe, son écuyer Gourdoulou est son opposé exact, comme construit en miroir : Gourdoulou existe bel et bien mais est incapable de savoir qui il est. L’écuyer est donc en pleine quête identitaire, s’identifiant à tout ce qu’il croise, se prenant pour ce qu’il n’est pas et changeant de nom dans chaque région qu’il traverse – « Gourdoulou » étant le nom qui reste dans le roman seulement parce qu’il est le premier à nous être donné lorsqu’on le rencontre. L’écuyer symbolise ainsi la difficulté de se définir par soi-même et non par rapport aux autres.

       Bien que régit par l’absurde, Le Chevalier inexistant fait preuve d’une logique imparable. C’est en cela qu’il me rappelle beaucoup l’humour pratchettien : ce n’est pas un absurde qui sort de nul part mais plutôt une logique poussée à l’extrême, tellement qu’elle sort du sens commun pour en devenir absurde. Cet effet crée un décalage extrême, entre ce qui nous semble acquis et la façon dont l’auteur s’en sert, pour nous prouver que, justement, rien n’est réellement acquis. Au final, ce détournement remet en doute les bases même de la logique puisqu’il prouve qu’elle n’est logique que dans une certaine mesure. Calvino nous fait ainsi, dans ce roman, une belle démonstration de logique par l’absurde.

      Si vous ne connaissez pas encore Italo Calvino, je vous suggère de foncer vers l’un de ces romans. Je pense que c’est le genre de livres auquel on adhère totalement ou pas du tout mais que ça vaut le coup d’essayer quoi qu’il arrive car peu de romans peuvent se targuer de ressembler à ceux-ci et lorsqu’on accroche, on n’en perd pas une miette.

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2 commentaires sur “║ Le Chevalier inexistant ║ d’Italo Calvino

    • Ahah, ça me fait souvent le coup aussi ! Et parfois même en plein milieu de lecture… Le bon côté, c’est que je redécouvre des livres que j’avais bien aimé une deuxième fois, comme ça^^

      Aimé par 1 personne

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