║ Poison ║ de Sarah Pinborough

Poison

      C’est grâce à une lecture commune avec la blogueuse à la plume acérée Charmant Petit Monstre que j’ai fini par me décider à me lancer dans la lecture du premier tome des Contes des royaumes : Poison de Sarah Pinbourough qui me rendait curieuse depuis longtemps. Grande adepte de contes et de leur réécriture, il n’était pas surprenant que cette trilogie retienne mon attention, d’autant plus que sa couverture fait tout de même sensation. Cependant, les avis assez divergents sur la question, tantôt conquis, tantôt mitigés, me faisaient repousser cette lecture et je dois tout de suite admettre que, même si j’ai passé un bon moment avec, je me rangerai plutôt du côté des mitigés.

      Poison reprend le conte de Blanche-Neige mais avec cette particularité d’adopter le point de vue de Lilith, la méchante belle-mère. Nous découvrons ainsi progressivement quelles sont les relations qui unissent les deux femmes et quelles sont les motivations qui ont bien pu pousser Lilith à haïr cette belle-fille pourtant si gentille, au point de souhaiter sa mort.

Ligne horizontale     Revisite & motivations.

     Le pari de la revisite d’un conte classique est bien tenu : on reconnaît parfaitement l’histoire de Blanche-Neige, avec ses personnages et ses grandes lignes directrices, tout en ajoutant un élément nouveau. Ici, le principal ajout est bien sûr le point de vue de la reine, qui est enfin détaillée psychologiquement, gagne en profondeur et acquiert de véritables motivations à agir comme elle le fait. Cependant, l’auteure va plus loin encore dans la revisite en s’amusant à mêler d’autres contes à celui de Blanche-Neige. On croise ainsi, par exemple, un personnage appelé Aladdin qui, après avoir fait dix vœux, s’est retrouvé enfermé dans une lampe magique à la place de l’ancien génie. De même, on croise dans l’histoire une paire de pantoufles de verre. Ces clins d’œil à d’autres contes sont amusants, l’intertextualité rendant l’univers du conte riche de nouvelles références et proposant des bouts de réécritures d’autres contes, dans une version plus sombre que celle qu’on leur connaît.

       Cette revisite, de manière générale, est beaucoup plus sombre que le conte originel puisqu’il laisse la part libre aux méchants de l’histoire. On en apprend davantage sur Lilith, la belle-mère de Blanche-Neige, sur son passé et surtout sur ses motivations. En effet, Lilith n’a que quelques années de plus que Blanche-Neige et, au-delà de son incroyable beauté, c’est l’aura de farouche beauté qu’elle dégage qui l’insupporte. Lilith est terriblement envieuse des facilités dont à bénéficié Blanche-Neige, aimée par tous, protégée par sa famille et ses amis, laissée libre de vaquer comme elle le souhaite et de profiter de sa jeunesse tandis que Lilith elle-même a été élevée dans la dureté, mariée de force et obligée de s’offrir à un homme qui la répugne pour survivre. C’est bien la jalousie qui motive Lilith, mais pas tant pour la beauté de Blanche-Neige que pour sa liberté et son enfance heureuse. Lilith s’enfonce ainsi de plus en plus dans cette jalousie qui la ronge et dans une forme d’orgueil développé pour survivre qui l’empêche d’accepter la gentillesse simple de sa belle-fille.

Ligne horizontale       Facilités & sexualisation.

      Je trouve cependant que, malgré tout l’effort qui est fourni dans la caractérisation du personnage de Lilith, l’auteure se permet quelques facilités pour expliquer ses choix et ainsi le faire coller à la marâtre du conte originel tout en parvenant à justifier ses actes. Outre le fait que le motif de l’enfance difficile tienne du lieu commun vu et revu – mais que je peux encore accepter, personnellement, tant qu’il est bien amené et cohérent par rapport à ses exactions -,  Lilith développe un peu tous les clichés de la personne qui a mal tourné : alcoolisme, rejet de la société, renfermement sur soi-même, solitude, agressivité gratuite… Au final, aucune qualité ne vient pondérer le personnage, malgré la présence occasionnelle de quelques remords qui permettent de lui conférer un peu plus de profondeur. Le caractère développé par Lilith dans Poison ne semble, finalement, n’être qu’une justification aux exactions de la belle-mère du conte originel Blanche-Neige sans tellement chercher à aller au-delà de ses mauvaises actions.

      Autre point négatif de ce roman : l’hyper-sexualisation des personnages féminins. En effet, les deux femmes héroïnes de cette revisite ne semblent exister quasiment que par l’effet qu’elles produisent aux hommes. Outre cette beauté ineffable qui est le sujet qui les opposent au départ, leur sexualité est aussi très mise en scène et sert d’instrument central de l’histoire. Entre Lilith qui use du sexe comme d’un moyen d’emprise sur les hommes et Blanche-Neige qui, bien loin d’en avoir peur, s’affiche comme une femme libérée qui assume sa sexualité sans la moindre pudeur, cette sexualisation un peu trop affichée des deux personnages m’a donné l’impression que, de femmes fortes qu’elles auraient pu être, finissent réduites à des objets de fantasmes pour les hommes qui les regardent.

       J’ai apprécié cette lecture mais n’y ai pas trouvé l’intérêt que j’aurais pu en espérer. Je me dis cependant que, Les Contes des Royaumes étant une trilogie, peut-être trouverai-je de quoi combler mon insatisfaction mais je ne me plongerai sans doute pas dans ces prochaines lectures – car lectures il y aura, c’est certain – avec le même enthousiasme quand lorsque j’ai décidé d’ouvrir Poison pour la première fois.

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17 commentaires sur “║ Poison ║ de Sarah Pinborough

  1. J’ai lu la trilogie cet hiver, franchement elle se lit en entier comme un seul récit (pour le coup la coupure entre les tomes est illogique pour moi car tous se complètent), j’avais plutôt apprécié cette lecture mais je te rejoins sur l’hypersexualisation qui continue dans le 2 (un peu moins dans le 3) j’ai fini par zappé ces passages sans intérêt réel pour mieux apprécier le reste du livre

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    • C’est vrai que la coupure m’a complètement déstabilisée. Avant de commencer ce roman, je pensais que chaque tome constituait une réécriture de conte différente et indépendante (car j’aime me renseigner le moins possible sur les histoires que je commence, histoire de garder mon horizon d’attente le plus vaste possible, une vieille habitude !). Arrivée à mi-chemin de la lecture, je me suis rendue compte que ce n’était clairement pas possible : tout ce qui avait été lancé ne pouvait être bouclé en si peu de pages restantes et du coup, que la fin soit si abrupte ne m’a pas surprise, je m’y attendais, mais ne m’a pas moins frustrée pour autant. En dehors de l’intrigue, on sent que les personnages n’ont pas fini d’être travaillés et que ce premier tome ne les creuse pas assez. Donc je suis d’accord avec toi : le découpage est vraiment malheureux, car il laisse vraiment une impression en demi-teinte alors même que des trucs intéressants sont mis en œuvre. Du coup, j’attendrai d’avoir lu les deux suivants pour poster un avis global sur la saga !

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    • Effectivement, je m’attendais aussi à une réécriture pour chaque tome mais au final c’est bien plus que ça. J’avoue que pour le coup je suis bien contente d’avoir demandé l’intégrale pour Noël, j’ai pu tout lire comme un seul livre. Du coup, c’est pas une histoire de ouf, mais qui est déjà plus agréable que si on s’arrête au « tome »1 bonne future lecture alors 😉

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  2. Le fait de choisir le point de vue de la Reine est risqué mais très original. personnellement je ne suis pas trop convaincu. Je pense que je vas éviter de lire cette réécriture, le côté cliché et hypersexualisé risque de me faire bondir.

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    • Étant donné les avis reçus, j’attendrai d’avoir lu la trilogie complète pour me faire un avis définitif sur les personnages : il est finalement fort possible que mon avis change sur eux par la suite s’ils continuent à être creusés et laissent leurs clichés de côté ! Pour ce qui est de l’hypersexualisation, en revanche, ça restera un point noir de cette réécriture pour moi, je pense !

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    • Oui, c’est exactement ça, l’expression est justifiée ! La lecture reste agréable, on passe un bon moment, mais on espère quand même toujours un peu plus quand on se plonge dans une réécriture et là, ça n’y est pas.
      Mais du coup, oui, j’attendrai la fin de la trilogie pour me faire un avis définitif puisqu’ils sont interdépendants^^

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  3. J’avais pas poussé l’analyse de Lillith aussi loin, sans trop me poser de questions sur son comportement. Même si bizarrement elle gagne beaucoup en humanité, ce qui est plutôt une bonne chose. Tu décortiques cependant très bien le personnage.
    Je pense qu’on est d’accord, il y avait quelque chose à creuser plus profondément ! A voir avec les autres tomes ! 🙂

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    • Oui, je suis d’accord avec toi : elle ébauche des choses intéressantes mais ça manque de justifications intrinsèques ! Après, j’attends de voir la suite, sait-on jamais^^

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    • Après, peut-être est-ce juste moi dont ce n’est pas la tasse de thé, ça n’a pas tant marqué d’autres lectrices (à voir l’article de Charmant Petit Monstre, par exemple !) parce que ce n’est pas omniprésent non plus. Ce ne sont que certains passages mais des passages qui, justement, ne sont pas vraiment passés pour moi.

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