║ Les Épées de glace ║ d’Olivier Gay

Epées de glace

      Après une année passée sur mes étagères, c’est l’approche de Saint-Maur en poche qui m’aura décidée à ressortir l’intégrale des Épées de glace que son auteur, Olivier Gay, m’avait dédicacée l’année dernière et quelle bonne idée ce fut ! La couverture m’avait faite craquer, le résumé m’avait convaincue et la plume m’a fait tomber sous le charme, c’est aussi simple que cela. Un pavé qu’on ne voit pas passer, des personnages qu’on ne veut plus quitter et un univers qu’on aimerait voir se prolonger : ce livre a décidément tout pour plaire.

     L’histoire commence par une mort : celle d’une jeune fille belle, brave et sympathique, Deria, qui a fini violée et tuée dans les plus bas quartiers de Musheim, capitale de l’empire. Mais cette jeune fille, c’était aussi l’unique descendante du Boucher, duc de l’empire et légende vivante au passé sanguinolent qui, accompagné de Mahlin le garde et Shani la servante, fidèles amis de sa fille, va tout renverser sur son passage pour satisfaire son désir de vengeance.

Ligne horizontale       Légende & vengeance.

    La duologie met en scène un personnage clef : Rekk, dit « le Boucher », personnage ambigu au possible qui est entré dans la légende pour sa violence peu commune et que l’on apprend à connaître personnellement au fil de l’histoire. Grâce à lui, on découvre le décalage qui peut exister entre légende et réalité : la légende décrit un homme insensible qui tue pour le plaisir et que tous craignent tandis que la réalité nous fait découvrir un personnage d’une profondeur insoupçonnée, qui tue par nécessité et se découvre petit à petit. Rekk est un homme qui s’est créé à l’image de sa façon de voir le monde : sombre et violent. Pourtant, même lui ne peut ignorer les étincelles de lumière qui viennent égayer la vie, étincelles qui prennent la forme des femmes qui viennent combler sa vie et qui seules savent lui redonner foi en l’humanité. On découvre ainsi l’homme qui se cache derrière la légende, un homme dur, qui ne connaît pas le pardon mais qui, une fois qu’il aime, est prêt à tout pour ceux qui le méritent. Plus encore, au-delà du personnel, on découvre aussi un véritable meneur d’hommes qui sait galvaniser les foules par sa simple présence et faire de son talent de combattant une force au service d’un but plus grand, quitte à s’oublier lui-même.

       Cependant, si Rekk est toujours vu comme une force de la nature, il atteint tout de même l’âge avancé de cinquante ans – oui, au Moyen Âge, 50 ans, c’était beaucoup ! – après une vie passée sur les champs de batailles qui lui ont laissé plus d’une cicatrice. Le personnage oscille ainsi entre force et déclin mais parvient toujours à se tenir debout grâce à une volonté de fer. Rekk pousse le dépassement de soi à un niveau jusqu’alors inconnu dans une seule optique : sa vengeance. On découvre alors qu’elles peuvent être les origines de la violence, qui n’est pas un mal inné mais quelque chose que cultivent les Hommes en créant des cycles infernaux par lesquels seule la mort peut répondre à la mort. La vengeance se retrouve ainsi au cœur de l’œuvre, thème assez ambivalent, à la fois moteur de l’action et créateur d’autant de problèmes qu’il semble en résoudre, aussi libératrice qu’aliénante.

Ligne horizontale        Politique & émancipation.

       Derrière la simplicité des motivations de Rekk, Shani et Mahlin qui n’agissent qu’en mémoire de Deria, on s’aperçoit assez vite que l’intrigue dépasse la simple implication personnelle de ces personnages. Alors que l’Héritier du trône a autant d’alliés que de défenseurs, c’est lui qui se retrouve accusé du meurtre de Deria. Pour Rekk, sa culpabilité ne fait aucun doute et la sentence est forcément la mort. Mais la question se pose dès lors : Rekk a-t-il été rappelé des confins de l’Empire pour servir un objectif plus grand que la simple vengeance ? À qui peut profiter cette série de meurtres perpétrés et potentiels ? La question se pose dès lors et reste en suspens une bonne partie de l’œuvre. La manipulation des masses par le pouvoir prend alors tout son sens. On comprend assez bien que les petites actions individuelles peuvent servir les manœuvres politiques aussi bien que les grandes guerres et que toute action, orchestrée par la bonne personne, peut se charger d’un sens insoupçonné.

      Enfin, dernier thème abordé mais non des moindres, qui se file avec subtilité tout au long des deux romans jusqu’à révéler sa vraie valeur en toute fin d’œuvre, c’est celui de l’émancipation de la femme. Outre quelques autres personnages féminins marquants lui servant de modèle et d’inspiration tout au long de l’histoire, c’est surtout la servante Shani qui est porteuse de ce message. Le personnage connaît une très grande évolution d’un bout à l’autre de l’intrigue et parvient à s’affirmer petit à petit. D’une femme soumise, contrite et se contentant de ce que la vie veut bien lui donner, elle prend progressivement confiance en elle, se révèle à elle-même et apprend à reconnaître ses forces. La femme peut enfin devenir maîtresse de son destin en refusant le rôle de victime pour devenir héroïne de sa propre histoire. Les femmes, dans ce roman, donnent une image très positive de la féminité, capable de s’émanciper, même dans un univers aussi rude que celui de ce monde médiéval fantastique, et d’échapper autant à l’emprise du père que de l’amant pour être seule à décider de sa vie. Plus encore, Shani apprend de ses modèles mais finit aussi par apprendre à s’en affranchir pour n’être rien d’autre qu’elle-même.

     Voilà donc pour mon avis sur l’intégrale des Épées de glace d’Olivier Gay qui a su me surprendre par son univers riche et foisonnant dont il est difficile de décrocher une fois plongé dedans. Prochaine lecture incontournable : La Main de l’Empereur reprenant le passé de Rekk dans les arènes de gladiateurs mais ça, bien sûr, « c’est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

Publicités

13 commentaires sur “║ Les Épées de glace ║ d’Olivier Gay

  1. Bon tu m’as totalement convaincue, je suis sûre d’aimer (à voir à quel degré à la lecture lol) je me le prends cet été !! Hâte de découvrir ça ! Surtout si en plus le thème de l’émancipation est présent en filigrane (je commence à en avoir marre des femmes absentes ou niaises) !!

    J'aime

    • Hmm… C’est vrai que l’intrigue met du temps à se dérouler ! Mais je n’ai personnellement pas trouvé long car ce n’est pas du temps mort : c’est du temps qui voit se dérouler l’évolution des personnages, je trouve^^

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s