║ Almuric ║ de Robert E. Howard

Almuric (1)

       Grande fan de Conan le Cimmérien, il m’était presque impossible de passer à côté d’un autre personnage presque aussi emblématique de Robert E. Howard, c’est donc sans surprise que je me suis lancée à l’assaut d’Almuric aux côtés d’Esau Cairn ! Dans ce court roman, j’ai pu découvrir une nouvelle facette de l’écriture d’Howard, qui a beaucoup évolué depuis ses premières nouvelles de Conan mais n’en a pas oublié pour autant ses thèmes de prédilection.

     Dans cet ouvrage, plusieurs écrits de fin de vie d’Howard sont réunis mais nous nous concentrerons sur le court roman qui donne son titre au livre. Almuric, c’est le nom de la planète sur laquelle atterrit Esau Cairn, véritable force de la nature qui n’a jamais réussi à trouver sa place sur Terre et qui a dû la fuir pour échapper à de nombreux poursuivants. Là, il va découvrir un monde sauvage, exigeant, qui va lui faire enfin révéler toute l’entièreté de sa puissance physique.

Ligne horizontale        Personnage & style.

       Si l’on connaît Robert E. Howard, c’est surtout pour son mythique personnage de Conan le Barbare – souvent même plus connu que son créateur lui-même – et force est de constater que les inspirations demeurent fortes d’un bout à l’autre de la carrière de l’auteur. En effet, entre Conan et Esau Cairn, héros d’Almuric, les ressemblances sont frappantes : nous avons affaire à un personnage d’une force peu commune, qui a un talent inné pour le combat, a du mal à s’intégrer à la société et dégage une force sauvage qui s’adapte mieux à la vie naturelle. Cependant, on peut également constater une évolution dans l’œuvre d’Howard par la simple comparaison de ces deux personnages. Si Conan, premier héros d’Howard, est un homme très simple – et non simplet, comme on a trop tendance à le penser -, Esau Cairn est, au contraire, un personnage très réfléchi qui porte un regard critique sur le monde qui l’entoure. Cette critique de la civilisation était déjà sous-jacente avec Conan du fait du décalage entre le personnage et ses adversaires mais elle devient d’autant plus explicite dans ce nouveau roman que le personnage lui-même constate les dysfonctionnements de la société, proposant au lecteur une réflexion déjà construite qu’il n’a plus qu’à soumettre à son sens critique.

La vie est trop difficile pour moi. Cette existence ne me convient pas, contrairement aux autres. Je me blesse sur ses aspérités. Je cherche quelque chose qui n’existe pas, qui jamais n’a existé.

      Et ce qui est très intéressant à constater, c’est l’évolution du style d’Howard dans ce roman de sa fin de carrière. Évidemment, celle-ci est due à une expérience plus riche de l’écriture, le style se construisant souvent au fur et à mesure de l’œuvre d’un auteur. Cependant, on peut également s’apercevoir que ce style est en corrélation avec ce nouveau type de personnage qu’Howard se propose d’aborder là. En effet, quand il misait sur un style très simple aux comparaisons sauvages pour un personnage simple et sauvage, l’auteur recherche un style plus complexe et plus imagé pour un personnage qui l’est lui-même. On constate une certaine forme de maturité dans le style d’Howard, qui a eu le temps de s’enrichir grâce à son expérience d’écrivain mais aussi un regard qui semble plus pessimiste, plus désabusé sur le monde et l’humanité, que l’on peut comprendre au vu de son expérience personnelle. Personnage et style évoluent de concert pour donner vie à une œuvre cohérente et mature.

Ligne horizontale        Barbarie & anticonformisme.

      Malgré son évolution, Howard n’en oublie pas pour autant ses thèmes fondateurs et continue, dans ce roman, à opposer barbarie et civilisation. Esau Cairn fuit en effet un monde civilisé dans lequel il est perçu comme un sauvage, qui ne parvient pas plus à l’accepter que lui ne parvient à y trouver sa place. Face à cela, la planète Almuric vient offrir toute sa splendeur sauvage à notre héros. C’est un monde exigeant qui le fait souffrir et lui demande de révéler toute l’amplitude de sa force physique pour survivre mais qui le fait également sentir plus vivant que jamais. Quant aux sociétés que croisera Esau lors de son séjour sur Almuric, ce seront invariablement des sociétés restées à l’étape de la barbarie, qui n’ont besoin ni d’art, ni de religion, ni d’Histoire pour s’organiser et qui prônent les valeurs morales et guerrières au-dessus de tout. Ce sont des sociétés simples, peu évoluées, mais qui jouissent ainsi d’un bonheur inconnu sur Terre pour Esau.

       De fait, face à une civilisation dans laquelle Esau n’a jamais pu s’intégrer, c’est une barbarie dans laquelle il est porté en héros qui l’accueille à bras ouverts. Le problème qu’a pu rencontrer Esau sur Terre est qu’il ne rentrait pas dans la norme : il apparaissait comme anormal auprès de ses semblables à cause de sa trop grande force physique qui lui valait de mettre les autres en danger involontairement. En arrivant sur Almuric, il lui semble que tout est contraire ici et que chacun est accepté pour ce qu’il est puisque sa force extraordinaire n’est plus crainte mais louée. Néanmoins, un personnage va venir chambouler ses certitudes : Altha, une jeune femme qui cherche à fuir absolument sa cité car les femmes n’y sont pas libres. En effet, l’évolution d’Almuric a fait des hommes une race toute puissante destinée à défendre leurs femmes, d’une douceur et d’une faiblesse sans commune mesure de l’égalité relative qui règne sur Terre. Les femmes sont ainsi toujours bien traitées mais considérées comme incapables de s’assumer seules et Altha est mise de côté pour ses idées indépendantes. Ici comme ailleurs, l’anticonformisme est donc mal vu mais, plutôt que fuir ceux qui vous mettent à l’écart, le roman apprend au lecteur à faire face à ses détracteurs pour affirmer ses différences.

      Almuric gagne vraiment à être lu. C’est un roman court et assez simple mais fort et profond qui nous entraîne dans un nouvel univers aux différences aussi troublantes que ses similitudes avec le nôtre. Je pars donc maintenant à l’assaut du reste de l’ouvrage, composé de nouvelles, mais vous le devinez déjà : « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

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