║ Le Meilleur des mondes ║ d’Aldous Huxley

Meilleur des mondes

       Parmi les grands incontournables de la science-fiction, il y a en a un – bon, plusieurs, en fait, mais commençons par celui-là – dont je ne vous ai pas encore parlé alors qu’il fait partie de mes œuvres favorites. Bien avant 1984 d’Orwell, ce fut Huxley qui m’introduisit au genre de la dystopie avec Le Meilleur des mondes. Je trouvais l’histoire plus simple, plus accessible pour commencer et pourtant tout aussi frappante et révélatrice sur l’évolution de notre société.

    Dans une société où les Hommes sont conditionnés avant la naissance pour se satisfaire du rôle qui leur sera assigné dans la société et sont comblés à coups de divertissement immédiat et massif, la technologie remplace les lois de la nature pour le bien du plus grand nombre. Pourtant, cette société est loin d’être aussi parfaite qu’il n’y paraît de prime abord et c’est la rencontre d’un homme dit « sauvage » qui va venir remettre cette conception idéalisée du monde en question.

Ligne horizontale       Anticipation & malaise.

     Beaucoup de gens pensent n’avoir jamais lu de science-fiction car c’est un genre encore assez stéréotypé dans l’imaginaire collectif, cantonné aux histoires de robots et de vaisseaux spatiaux assez incompréhensibles. Pourtant, nombreux sont ceux qui citeront Orwell ou Bradbury comme reflets des dérives de notre société. Huxley est peut-être un peu moins connu que ceux-ci mais fait pourtant aussi partie de ces grands classiques aisément cités pour leur intemporalité, qui parlent à tous et font partie d’un sous-jour de la science-fiction : l’anticipation. Huxley nous décrit dans Le Meilleur des mondes une utopie futuriste qui se transforme peu à peu en dystopie. En effet, l’ADN de chacun est modifié avant sa naissance afin qu’il puisse trouver le bonheur dans la tâche qui lui sera assignée pour vivre mais cela crée, bien entendu, une société profondément inégalitaire, sans passerelles sociales et basée sur des bonheurs totalement illusoires. On en revient, toujours, à cette idée de divertir la foule pour endormir une classe ouvrière exploitée qui sert une classe bourgeoise minoritaire possédant tous les privilèges.

       L’histoire nous plonge dans une ambiance qui, très vite, fait basculer cette fausse utopie grâce à un sentiment omniprésent tout au long du roman : le malaise. En effet, on ne se rend pas forcément compte dès le début des dysfonctionnements qui peuvent exister dans cette société que nous découvrons au fur et à mesure mais on sent tout de suite que certains détails nous posent un problème moral. Pour cela, Huxley use de motifs qui vont mettre universellement mal à l’aise, comme par exemple la sexualité. Puisque les embryons sont entièrement crées et programmés artificiellement, la sexualité ne devient plus que divertissement, au même titre qu’une balade au zoo ou un film au cinéma. Elle perd toute sa notion intime, sacrée ou personnelle pour devenir banale et être même partagée avec de jeunes enfants. On lui retire tout son tabou pour en faire un plaisir de masse. De même, le soma, une drogue parfaite inventée par les scientifiques, apparaît comme reflet du mal-être de la société qui se complait dans des plaisirs factices sans chercher un véritable épanouissement personnel puisque vouée à seulement servir la caste supérieure.

Ligne horizontale       Critique & intemporalité.

       Il est très intéressant de voir par quel biais Huxley parvient à instiller la critique sociétale au sein de son œuvre. Dès le départ, il crée une certaine distanciation entre le lecteur et cette société dépeinte. Pourtant, le lecteur ne pourrait pleinement prendre conscience des dysfonctionnements de cette société sans un point de vue interne au roman pour les expliciter. Huxley introduit donc un personnage externe à la société décrite, qui bénéficie ainsi de tout le sens critique dont sont privés ses habitants : un sauvage. Tous les Hommes qui ne font pas partie de cette société idéalisée dominée par la technologie sont en effet parqués dans des réserves naturelles, dans lesquelles la reproduction classique a encore lieu et les mœurs ne sont contrôlées par aucune drogue moderne. Si ceux-ci sont perçus comme sauvages par la société, ils font pourtant preuve d’une humanité qui les rapproche indéniablement du lecteur qui va beaucoup plus facilement s’identifier à ces soit-disant sauvages qu’aux êtres aseptisés que nous offre le roman. La critique est en fait entièrement basée sur le choc culturel qui frappe entre les personnages et met ainsi en exergue que le plus inconcevable peut devenir concevable pour peu qu’on soit conditionné pour l’accepter. Autrement dit, cette société qui nous paraît si choquante pourrait être la nôtre si l’on laisse les choses évoluer en ce sens jusqu’à n’en être plus choqué.

      Malgré le choix d’une société volontairement futuriste gangrénée par la technologie et de personnages hors de la  société plus proches d’un retour aux âges passés, ce roman parvient tout de même à parler à un lecteur contemporain d’Huxley comme à un lecteur du XIXe siècle. De fait, Le meilleur des mondes a su acquérir une intemporalité certaine qui lui permet de traverser les âges sans s’émousser. Le fait qu’aucune date ne soit présente permet déjà de sentir une proximité constante de la société dépeinte : qui sait si les évolutions technologiques découvertes dans le roman ne sont pas déjà à portée de main, à la vitesse où évolue la science aujourd’hui ? Cette société est-elle éloignée de nous de 100 ans ? 50 ans ? 10 ans ? La menace se fait éternellement pressante. Tout en étant omniprésente par son implantation dans une géographie connue : entre les États-Unis et le Nouveau-Mexique, ces lieux implantent concrètement dans notre monde actuel, comme une extension de notre propre histoire. Les nombreuses références, enfin, à nos propres connaissances – tels que les noms des personnages : Lénina pour Lénine, Marx, Ford, Trotsky… – finissent de nous plonger dans un univers connu mais changé.

      Le Meilleur des mondes fait partie de ces romans qui résonnent d’autant plus fortement qu’ils n’ont pas besoin de présenter des événements réels pour qu’ils soient terriblement réalistes. Au même titre qu’Orwell ou Bradbury, Huxley tire la sonnette d’alarme d’une société en dérive sur laquelle on ne peut fermer les yeux.

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16 commentaires sur “║ Le Meilleur des mondes ║ d’Aldous Huxley

  1. C’est vraiment un roman qui m’a à la fois fascinée et choquée. Quand on se dit que notre société peu tout à fait devenir comme celle imaginée par Huxley, ça fait froid dans le dos je trouve ! Il a peut-être été plublié il y a un bout de temps, il n’en reste pas moins terriblement actuel.
    Victoire

    Aimé par 1 personne

  2. Je n’ai pas lu beaucoup de classique de la science-fiction, et celui-là manque clairement à ma culture. Il faut que je me rattrape. J’ai hâte de pouvoir voir la société décrit par Huxley, qui à l’air aussi passionnante que glaçante. Merci pour la découverte 😉

    Aimé par 1 personne

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